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Libre expression - Télétravail et bureau post-Covid: quelle nouvelle donne? HR Square 39

Allons-nous continuer à travailler au bureau au terme de la crise sanitaire ? C’est en tout cas le souhait exprimé par une majorité des salariés sondés par la Chaire de recherches « Workplace Management » de l’ESSEC. Mais aller au bureau pour y faire quoi ? Certains imaginent des espaces de travail entièrement centrés sur le collaboratif et l’innovation. Rien n’est joué : l’open space et le flex office sont les espaces les moins désirés par les salariés. Si les gens veulent retourner au bureau, c’est pour d’autres raisons…

De façon générale, l’intensification du télétravail depuis le mois de mars 2020 semble avoir été bien vécue par la majorité des salariés, au point que la plupart des entreprises envisagent de conserver à l’avenir une partie de leurs collaborateurs à la maison, voire certaines de devenir totalement virtuelles. On peut se demander à quoi ressemblera le futur du bureau dans un monde post-Covid-19. Pour tenter d’esquisser une réponse, la Chaire de recherches « Workplace Management » de l’ESSEC Business School, a mené une étude qui évalue l’impact de la crise sanitaire et de l’expérience du télétravail sur les attentes de 2.643 employés de bureau par rapport à leur espace de travail.

Avant le premier confinement du printemps, seuls 19% d’entre eux avaient l’habitude de faire du télétravail. Quatre mois après son terme, 37% des répondants poursuivaient encore l’expérience de télétravail, essentiellement à raison de deux fois par semaine (32%), 21% tous les jours, 18% une fois par semaine, 17% trois fois par semaine. D’abord subi et imposé, le télétravail fait à présent partie de la vie professionnelle de la plupart des salariés. Près de 73% des répondants souhaitent poursuivre cette expérience dans un monde post-Covid-19, principalement à raison de deux (31%) ou de trois (23%) jours par semaine.

Des différences statistiquement significatives se marquent quant aux générations d’âge et aux catégories socioprofessionnelles, notamment. Le télétravail post-Covid-19 est davantage plébiscité par les milléniaux (personnes nées entre 1978 et 1994). Ils sont 79% à vouloir télétravailler dans l’avenir, contre 68% pour la génération Z (après 1995), 67% pour les baby-boomers (entre 1945 et 1964) et 72% la génération X (entre 1965 et 1977). Le télétravail est également davantage retenu par les cadres et cadres dirigeants. Ainsi, 85% des cadres et 82% des cadres dirigeants veulent continuer à télétravailler contre 67% des employés (alors que la moyenne globale est de 73% des répondants).

Enfin, l’enquête a exploré les types d’espaces de travail les plus adaptés aux besoins post-confinement des salariés. Elle révèle l’intérêt pour les espaces traditionnels de bureau, avec postes de travail attribués. Ceux-ci représentent 73% des demandes exprimées : les bureaux fermés (individuels et partagés) sont considérés comme l’espace de travail idéal pour 61% des individus, devant le bureau en open space (12%). Le flex office et les espaces de coworking, quant à eux, ne représentent que 6% des espaces choisis par les salariés. Contrairement aux idées répandues, les espaces sans poste de travail attribué sont essentiellement recherchés par les travailleurs indépendants et les cadres dirigeants.

Malgré une expérience du télétravail plutôt positive — avec une autonomie et une liberté particulièrement appréciées —, le bureau reste le lieu de travail privilégié. Lors des analyses qualitatives de l’enquête, nous avons pu constater les mentions récurrentes au lien social du bureau, telles que le besoin de se voir et d’interagir les uns avec les autres avec des éléments de communication non verbale, ainsi que la capacité du bureau à stimuler les communications informelles spontanées. Ce type d’interactions face à face non planifiées contribuent largement à l’établissement de relations de confiance et de collaboration entre collègues. Enfin, le fait d’aller au bureau permet pour la plupart de matérialiser la frontière entre vie privée et vie professionnelle, qui disparaît en télétravail. Conclusion : le bureau a encore un très bel avenir, une fois les contraintes de confinement terminées. C’est un lieu qui permet au salarié de participer à la vie de l’entreprise (27%), un lieu de rencontre, d’échange et de convivialité (26%) et enfin, un lieu de travail régulier (26%).

Ingrid Nappi
Professeure à l’ESSEC
Titulaire de la Chaire de recherches « Workplace Management »

Gisele de Campos Ribeiro
Ingénieure de recherche
Chaire de recherches « Workplace Management », ESSEC

Cette ‘libre expression’ a été publiée à l’origine sur The Conversation dont la mission est de diffuser les travaux de chercheurs et d’universitaires. Le texte complet est accessible via https://cutt.ly/CkEnTSV.

 



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