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« La semaine de quatre jours peut vous faire économiser de l’argent! » HR Square 32

L’idée d’une semaine de travail de quatre jours gagne du terrain. Au Royaume-Uni, le parti travailliste l’a inscrite dans son manifeste électoral. Et, au Japon, Microsoft a fait état de résultats positifs à l’issue d’un essai mené l’année passée. Mais certains craignent à l’inverse que l’initiative ne « détruise » l’économie. Qu’en est-il?

Dans notre étude, mes collègues et moi-même avons pu observer que les avantages de la semaine de travail de quatre jours, sans perte de salaire, peuvent l’emporter sur les inconvénients, tant pour les entreprises que pour le personnel. Nous avons étudié un certain nombre d’entreprises ayant déjà adopté cet horaire de travail et avons constaté qu’elles réalisaient ainsi des économies de près de 92 milliards de livres sterling (environ 2% du chiffre d’affaires total) chaque année.

Un peu plus de la moitié (51%) des personnes interrogées pensent que la semaine de quatre jours leur a permis de réduire leurs coûts. Parmi celles-ci, 62% déclarent que leur personnel s’absente moins pour maladie, 63% disent produire un travail de meilleure qualité et 64% évoquent une meilleure productivité. Notre recherche montre aussi que les entreprises n’ayant pas encore mis en place une semaine de quatre jours pourraient économiser douze milliards de livres en l’adoptant. Si nous l’ajoutons aux économies réalisées par les entreprises qui appliquent déjà cette formule, nous obtenons une économie potentielle combinée d’environ 104 milliards de livres sterling par an.

Il est intéressant de noter que nos résultats positifs concordent avec ceux évoqués par Microsoft Japan. Lors de l’essai réalisé en août dernier, 2.300 collaborateurs ont reçu un vendredi de congé payé chaque semaine. L’entreprise a enregistré une augmentation de 40% de la productivité de son effectif au cours de ce mois (mesurée par rapport à août 2018). Mais d'autres mesures ont également été adoptées pour améliorer la productivité, comme une baisse significative du temps et du nombre de réunions et l'encouragement à utiliser des plates-formes en ligne pour la collaboration.

Après cinq vendredis de congé consécutifs, Microsoft a aussi enregistré une hausse de ses ventes de près de 40%, une baisse de sa consommation d’électricité de 23% et une réduction dans l’impression de papier de 59%. D'autres entreprises comme Perpetual Guardian, une firme de gestion immobilière en Nouvelle-Zélande, ont également testé la semaine de quatre jours et signalé une augmentation dans la productivité de leur personnel, avec des effets positifs en matière d’engagement (+22%).

Notre étude montre en outre qu’un jour de congé supplémentaire par semaine pourrait avoir des répercussions positives sur l’ensemble de la société, notamment en matière de consommation, de découverte culturelle et de réduction des déplacements. Mais, bien sûr, cette forme de travail n’est pas sans défis. La semaine de quatre jours peut, par exemple, être difficile à mettre en place dans le secteur des services où la demande des clients doit être satisfaite, et en particulier pour les plus petites entreprises. Elle impliquerait également un changement important dans des services publics tels que, par exemple, l'enseignement et les soins médicaux.

En même temps, une étude réalisée par le Center for Policy Studies, un groupe de réflexion de centre-droit, a également révélé qu'une réduction des heures de travail des employés du secteur public représenterait au mieux un coût de 17 milliards de livres sterling pour le Trésor et au pire un coût possible de 45 milliards de livres, en supposant qu’il n’y ait aucune augmentation de la productivité et la nécessité d’augmenter la main-d’œuvre dans les services publics.

Mais le point essentiel à souligner dans la réflexion, c’est que toute modification de la législation ne devrait pas seulement viser à réduire le temps de travail. Elle devrait également se concentrer sur la recherche de moyens pour les travailleurs d’améliorer leur productivité quand ils travaillent. La réduction du temps devrait être considérée à la fois comme le moyen et le résultat d’une productivité accrue.

Miriam Marra
Maître de conférences en Finance
ICMA Centre - Henley Business School
University of Reading (Royaume-Uni)

Cette ‘libre expression’ est adaptée d’une contribution publiée à l’origine sur The Conversation UK dont la mission est de diffuser les travaux de chercheurs et d’universitaires.



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