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Bart Buysse (FEB): « Ne recrutez pas des experts, recrutez de futurs experts! » HR Square 18

La Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) s’investit depuis plusieurs années déjà dans la préparation des « travailleurs de demain » avec son initiative « Young Talent in Action ». Comment faciliter la rencontre des jeunes et des employeurs? Bart Buysse, directeur général de la FEB, éclaire la question en amont du grand forum qui se tiendra ce 2 octobre.

Les jeunes se montrent toujours plus flexibles et espèrent que leur futur employeur fera lui-même preuve d’une même forme de flexibilité à leur égard (lire aussi l’encadré). Cette attitude flexible, ils l’attendent aussi bien au moment du recrutement (ne pas se concentrer uniquement sur la formation et l’expérience) que dans le job (formation continue et équilibre sain entre vie professionnelle et vie privée). Directeur général de la fédération patronale, Bart Buysse a une vision claire de comment les entreprises pourraient mieux attirer les jeunes talents, et quel rôle l’enseignement devrait jouer pour le marché du travail.

Avec une certaine embellie au plan économique, les entreprises ont de plus en plus de mal à recruter les bons talents. La FEB donne aux employeurs le conseil suivant : ‘Don’t hire experts, hire future experts’. Comment les entreprises vont-elles pouvoir trouver, selon vous, les talents du futur ?
Bart Buysse : « Pour attirer les jeunes talents, les entreprises mettent de plus en plus d’emphase sur l’employer branding et tentent de se montrer créatives pour sortir du lot et se démarquer. La FEB aide les entreprises et les jeunes à se rencontrer via l’initiative ‘Young Talent in Action’. Dans ce cadre, nous organisons le 2 octobre un grand forum visant à réunir les jeunes et le monde de l’entreprise, le politique, les administrations et l’enseignement. Par ailleurs, nous avons publié, avec l’Antwerp Management School, un guide intitulé ‘Young Talent@Work’. Ce guide pratique a été réalisé par les jeunes, à propos des jeunes et pour les entreprises. Les chiffres et les conseils sont mis à jour en continu. Vous y trouvez des rubriques axées sur le recrutement et la sélection, sur l’accueil des jeunes et sur leur développement et leur évolution. »

Quelles actions concrètes les entreprises doivent-elles entreprendre pour optimiser leurs processus de recrutement ?
Bart Buysse : « Le processus de recrutement se déroule de plus en plus souvent en ligne, et tout le monde présuppose que les jeunes vivent intégralement dans l’univers digital. Pourtant, nous recevons régulièrement le signal que les jeunes qui postulent cherchent un premier contact personnel avec quelqu’un de l’entreprise. Ce n’est qu’alors qu’ils peuvent en apprendre plus qu’une simple description de fonction. Ils veulent connaître des éléments tels que l’atmosphère de travail, les valeurs de l’entreprise, la dimension de responsabilité sociétale… Bien entendu, la stabilité et les aspects financiers restent importants, mais ils attendent de l’entreprise qu’elle soit éthiquement responsable et qu’elle tienne compte des aspects environnementaux. Nous conseillons également aux entreprises de mettre davantage l’accent sur la transparence : soyez clair dans vos offres d’emploi, et parlez aussi de la culture et des valeurs de votre entreprise. Les jeunes savent encore souvent trop peu ce qu’on attend exactement d’eux et dans quel environnement ils vont évoluer. Certaines secteurs recherchent pour cette raison un contact direct avec les étudiants. Leur objectif : mettre en évidence les jobs du futur. Pensez par exemple aux secteurs des hautes technologies, à l’industrie chimique ou au secteur du textile. Mais, le secteur de la construction, par exemple, que tout le monde imagine assez traditionnel, utilise également énormément de technologies de pointe - certainement avec l’arrivée de l’impression 3D et les machines programmables capables de travailler au millimètre près. Il importe de montrer ces évolutions et ces défis qui ouvrent énormément de possibilités. »

Dans une économie caractérisée par un certain nombre de pénuries, la demande et l’offre sur le marché du travail doivent mieux se rencontrer. Comment les jeunes peuvent-ils être orientés là où les besoins sont les plus criants? Est-ce d’ailleurs une bonne idée que de chercher à les orienter dans une direction déterminée?
Bart Buysse : « Par le passé, nous avons souvent reçu la critique de l’enseignement qu’il n’était pas au service du marché du travail. C’est vrai, dans le sens que l’enseignement a un rôle bien plus large. Mais former les jeunes dans des orientations qui offrent peu ou pas de perspectives sur le marché du travail me semble socialement ne pas représenter un bon investissement et ne peut que conduire à des frustrations pour toutes les parties, à commencer chez les jeunes eux-mêmes. Par conséquent, l’enseignement, les parents, mais aussi les entreprises doivent encourager les jeunes à choisir des orientations qui offrent suffisamment de perspectives de carrières professionnelles. Et cela peut prendre des formes très variées : l’information aux élèves et aux parents, des entrepreneurs en classe, des visites d’entreprises, des stages, plus d’attention à l’esprit d’entreprendre et au marché du travail dans la formation, etc. De cette façon, les jeunes se familiarisent avec la réalité du travail et peuvent mettre leurs passions et intérêts en lien avec les qualités qui sont requises sur le marché du travail. »

N’y a-t-il pas un lien manquant entre les missions et les qualités de l’enseignement d’une part et le fait de se concentrer sur un job ou une activité déterminées de l’autre ? Et qui devrait combler ce lien manquant ?
Bart Buysse : « Je pense que les jeunes ressentent eux-mêmes ce ‘lien manquant’ quand ils s’interrogent sur la pertinence d’un sujet particulier ou sur ce qu’ils vont pouvoir faire avec cette connaissance. Il me semble important que cela soit éclairé et illustré. L’enseignement et le monde de l’entreprise doivent se tendre la main dans ce domaine. Non seulement les élèves, mais aussi les enseignants ont besoin d’informations à jour. Ils n’ont pas toujours accès aux nouvelles technologies et aux derniers processus parce que l’enseignement n’en a pas toujours la possibilité, ni les moyens, et l’entreprise peut éventuellement intervenir. Certains laboratoires, des leçons de pratique et des visites peuvent par exemple être organisés dans une entreprise ou des entreprises peuvent peut-être mettre à disposition des machines, des dispositifs ou des matériaux. »

Jusqu’à quel point les entreprises doivent-elles prendre en charge les coûts (et l’énergie et le temps) nécessaires à la préparation à l’emploi ?
Bart Buysse : « Les entreprises ont le devoir de bien accueillir les jeunes, une fois qu’ils ont été recrutés, de continuer à les former, de les accompagner et de leur donner des opportunités de développement. Mais la formation de base demeure la tâche dédiée à l’enseignement. Il est très difficile d’énoncer ici une règle générale, mais d’éventuels investissements de la part d’entreprises dans la formation des jeunes dépendront toujours de l’orientation et des besoins pour ces entreprises de recruter pour des postes potentiels. L’apprentissage en alternance peut également représenter une option. La FEB encourage à encore renforcer et élargir cette possibilité, car elle ne se rencontre encore principalement que dans des cursus techniques. Ce concept, éventuellement adapté, pourrait pourtant aussi parfaitement s’appliquer dans d’autres orientations, et même dans les hautes écoles et les universités. Parlons par exemple de stages d’études qui relient la théorie à la pratique. En Suisse et en Allemagne, la pratique en entreprise est un point d’attention depuis très longtemps, alors que chez nous, l’accent reste mis sur le seul enseignement. L’objectif doit être de trouver le bon équilibre entre les intérêts de l’enseignement, des jeunes et des entreprises. »

La réintroduction d’une période d’essai pourrait-elle jouer ici un rôle important ?
Bart Buysse : « Dès le lancement de ‘Young Talent in Action’, nous avons décidé de travailler à trois niveaux d’action : influencer positivement les choix d’études, promouvoir la collaboration entre l’enseignement et les entreprises, et rendre le marché du travail moins rigide. Et, à ce niveau, la réintroduction de la période d’essai constitue une bonne mesure, dès lors qu’elle réduit le seuil avant le recrutement. Certainement pour les jeunes et pour les autres catégories fragilisées, mais aussi pour les chercheurs d’emploi en général. Cela ne peut qu’encourager les employeurs à donner leur chance aux gens. Les jeunes sont très souvent confrontés au problème qu’une expérience particulière est exigée pour postuler à un job. Une période d’essai donne un peu plus de flexibilité au recrutement et offre plus de chance aux jeunes d’acquérir cette première expérience professionnelle. En outre, nous rappelons aux employeurs tout ce dont les jeunes disposent déjà : des compétences, un diplôme, l’engagement, l’enthousiasme,… mais pas encore d’expérience professionnelle. Autrement dit : ‘Don’t hire experts, hire future experts’. Donnez aux jeunes la chance de se développer davantage. Accompagnez-les. Ainsi, le vivier devient soudainement bien plus grand. »

Lars De Decker

Ce 2 octobre, Fiona Mullan, International HR Director de Facebook, interviendra lors du forum ‘Young Talent in Action’. Ce jour-là, la FEB organisera à BOZAR (Bruxelles) la deuxième édition de ce grand forum avec des ateliers, des sessions de speeddating et des « debattles » à l’occasion desquels des jeunes interpelleront des hommes politiques sur l’enseignement et le marché du travail. Tous les sujets tourneront autour du thème de la mise à l’emploi des jeunes, selon la perspective des diverses parties prenantes. Programme complet et détails pratiques : www.youngtalentinaction.be



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