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Une journée de travail sur cinq en chômage temporaire

En mars, une moyenne de 20% du nombre total de journées de travail ont été passées en chômage temporaire pour cause de force majeure. Parmi les travailleurs mis pour cette raison au chômage temporaire, plus de la moitié n’ont même plus pu travailler une seule journée lors de la dernière semaine du mois. Chez les ouvriers placés en chômage temporaire, plus de 60% se sont retrouvés dans cette situation tous les jours de la semaine. Mais le chômage temporaire frappe aussi durement les employés.

C’est ce que constate Acerta en se basant sur les calculs des salaires pour le mois de mars de plus de 20.000 employeurs. Depuis que l’épidémie de coronavirus a été reconnue (le 20 mars dernier) comme un cas de force majeure, le nombre d’employés au chômage temporaire a triplé. « Cela montre que la mesure a bel et bien une fonction en période de force majeure: le système donne à l’économie une certaine capacité de récupération pour le moment où la situation reviendra à la normale, commente Amandine Boseret, juriste au sein du centre de connaissances d’Acerta. Certaines entreprises prennent aussi des initiatives exceptionnelles pour occuper leurs travailleurs d’une autre manière en ces temps de crise. »

Fin mars, un peu moins de 21% du nombre total de journées de travail des travailleurs en Belgique ont été enregistrées comme du chômage temporaire. Dans de nombreux cas, c’était une première, et cela concernait tant les employés que les ouvriers. Lors de la semaine 13 (la dernière semaine complète de mars), plus de 51% du nombre de journées de travail des ouvriers se sont passées en chômage temporaire; lors de la même semaine, les employés ont été placés en chômage temporaire pendant près de 14% du nombre de journées de travail, en raison d’une force majeure temporaire. Ce n’est que le lundi 23 mars que l’assouplissement des règles pour le chômage temporaire est entré en vigueur, pour arriver à une généralisation du chômage temporaire pour cause de force majeure.

« Pour leurs ouvriers, les employeurs devaient déjà établir avant cela que leurs activités étaient entravées par la crise du coronavirus, explique-t-elle. Certains étaient déjà sur le chômage économique temporaire, qui est passé fin mars à du chômage économique temporaire pour cause de force majeure. Pour les employés, le processus a été différent : avant l’assouplissement des règles, l’employeur devait lancer une lourde procédure pour recourir au chômage temporaire pour ses employés. On voit d’ailleurs dans les chiffres que le nombre d’employés pour qui le chômage temporaire pour force majeure a été invoqué a doublé à partir de la semaine 13. Et les deux premiers jours de la semaine 14 (les 30 et 31 mars) laissent penser qu’on va recourir à ce régime pour encore plus d’employés, dans un avenir proche. »

Régime du chômage temporaire pour force majeure

L’augmentation du nombre de journées de chômage temporaire pour force majeure ne se fait pas uniquement sentir chez les travailleurs pour qui le système était déjà d’application. Le nombre de personnes concernées augmente aussi. Alors que pour la semaine 12 (du 16 au 22 mars), 24% des travailleurs ont été placés en chômage temporaire pour au moins une journée, cette proportion a grimpé à plus de 33% lors de la semaine 13 (du 23 au 29 mars). « Nous nous attendons même (surtout en ce qui concerne les employés) pour début avril à une nouvelle augmentation du nombre de travailleurs pour qui le chômage temporaire s’applique », note Amandine Boseret.

Chômage temporaire complet

Lors de la semaine 13 (la dernière semaine complète de mars), plus de la moitié des travailleurs au chômage temporaire n’ont plus pu prester la moindre journée. Pour les ouvriers, plus de 60 % de ceux qui ont été placés en chômage temporaire, l’ont été pendant tous les jours de la semaine; pour les employés touchés par le chômage temporaire, plus de 50% ont été au chômage temporaire pendant toute la semaine.

« Le pourcentage de travailleurs qui n’ont pas travaillé pendant toute la semaine à la fin mars pour cause de chômage temporaire est en réalité encore plus élevé que ce qu’indiquent les chiffres mentionnés. En effet, pour celles et ceux qui travaillent à temps partiel, un plus petit nombre de journées de chômage temporaire peut aussi signifier qu’ils n’ont pas pu travailler de toute la semaine. Par exemple, si je travaille en quatre cinquièmes, quatre journées de chômage temporaire signifient que je n’ai pas eu l’occasion d’effectuer la moindre prestation de toute la semaine. Il reste à voir si l’augmentation du nombre de journées de travail en chômage temporaire et de la proportion de travailleurs touchés continue. Il y a probablement eu dans un premier temps une réaction de peur, tant chez les employeurs que chez les travailleurs. Au fur et à mesure que la population se rassure quelque peu par rapport à la situation et avec les mesures spécifiques pour lutter contre le virus (la distanciation sociale et de strictes règles d’hygiène), on voit quand même çà et là que des activités reprennent. La situation sanitaire et la situation économique dans notre pays continuent à évoluer, et elles restent étroitement liées. Nous continuons donc aussi à suivre cette évolution. »

Capacité de récupération en cas de force majeure

Le chômage temporaire donne aux employeurs la possibilité de garder leur personnel en service, même s’ils n’ont pour le moment aucun travail pour eux. Le régime du chômage temporaire garantit dans le même temps un revenu de remplacement aux travailleurs. En outre, le système de chômage temporaire permet aux deux parties, employeurs et travailleurs, de se remettre directement au travail dès que la situation s’améliore. Le chômage temporaire offre donc aussi à l’économie une vraie possibilité de rapidement se relancer après une situation de force majeure, comme l’actuelle pandémie de coronavirus.

« Pendant cette période exceptionnelle de force majeure liée au coronavirus, on constate un déséquilibre sur le marché du travail: certains secteurs manquent de main-d’œuvre alors que d’autres se retrouvent au chômage temporaire, conclut Amandine Boseret. Cela donne aussi lieu à des initiatives exceptionnelles d’employeurs et de travailleurs qui évitent le chômage économique en essayant de rester actifs au travers d’une autre activité. Cela peut être une activité propre, par exemple en passant à une production de masques et de respirateurs. D’autres ‘partagent’ leurs travailleurs avec des employeurs qui ont besoin d’aide en raison d’un pic de travail. Ce dernier cas de figure est notamment possible au travers d’un contrat employeurs multiples. Des travailleurs ont alors l’opportunité de décider d’aller travailler de manière temporaire chez un autre employeur en mesure de continuer à produire, ou les travailleurs peuvent aussi se porter volontaires pour aider à contenir la crise sanitaire. Notre rôle à nous, dans le secteur des services RH, est d’aider les entreprises à mettre en place ce genre de constructions temporaires de manière correcte, d’un point de vue administratif comme juridique. »

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