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Quatre fois plus d’heures de travail perdues dans le monde à cause du Covid-19 que pendant la crise financière de 2009

Des signes d’une timide reprise économique se font toutefois jour à travers le monde sur le marché du travail, après les perturbations sans précédent qui ont marqué l’année 2020 en raison de la pandémie de Covid-19. C’est du moins ce qu’on peut lire dans le dernier rapport de l’Organisation internationale du Travail (OIT).

Les nouvelles estimations annuelles contenues dans la septième édition de l’Observatoire de l’OIT: le Covid-19 et le monde du travail confirment le terrible impact subi par le marché du travail en 2020. Les derniers chiffres montrent que, sur l’ensemble de l’année, 8,8% des heures de travail dans le monde ont été perdues (par rapport au quatrième trimestre 2019), ce qui équivaut à 255 millions d’emplois à temps plein. Cela représente environ un nombre quatre fois plus élevé que celui des heures perdues pendant la crise financière mondiale de 2009.

Dans l'UE-27, 8,3% des heures de travail ont été perdues en 2020, ce qui équivaut à 15 millions d'emplois à temps plein. Les pertes d'heures de travail ont été particulièrement élevées en Europe du Sud (12,3%), en raison des pertes en Italie et en Espagne, respectivement de 13,5 et 13,2%. Parmi les pays du Benelux, la Belgique a été la plus touchée, avec une perte de 7,3% du temps de travail au cours de l'année écoulée (contre 4,3% aux Pays-Bas et 3,7% au Luxembourg).

Ces heures de travail perdues recouvrent à la fois la réduction du nombre d’heures effectuées par celles et ceux qui ont un travail, et le niveau « sans précédent » des pertes d’emplois qui touchent 114 millions de personnes. Concrètement, 71% de ces pertes d’emplois (81 millions de personnes) relèvent de l’inactivité plutôt que du chômage, ce qui signifie que ces personnes ont quitté le marché du travail parce qu’elles n’étaient pas en mesure de travailler, peut-être en raison des mesures de restrictions liées à la pandémie ou, tout simplement, parce qu’elles ont cessé de chercher du travail. Si l’on s’attache uniquement au chômage, on sous-estime donc gravement les conséquences du Covid-19 sur le marché du travail.

Ces pertes massives ont entraîné une baisse de 8,3% des revenus du travail de manière globale (avant la prise en compte des mesures de soutien), ce qui équivaut à 3.700 milliards de dollars des Etats-Unis ou encore 4,4% du Produit intérieur brut mondial (PIB).

Les pertes d'emploi ont été les plus importantes sur le continent américain, et les plus faibles en Europe et en Asie centrale, où la réduction du temps de travail a été largement soutenue par des programmes de maintien de l'emploi, en particulier en Europe.

Conséquences par catégories et par secteurs

Les femmes ont été plus touchées que les hommes par les perturbations entraînées par la pandémie sur le marché du travail. Au niveau mondial, les pertes d’emplois ayant affecté les femmes s’élèvent à 5% contre 3,9% pour les hommes. En particulier, les femmes risquaient beaucoup plus que les hommes de devoir quitter le marché du travail et de se retrouver inactives.

Les jeunes travailleurs ont été également particulièrement impactés, soit en perdant leur emploi, soit en quittant la vie active ou encore en retardant leur entrée sur le marché du travail. Les pertes d’emplois chez les jeunes (âgés de 15 à 24 ans) s’élevaient à 8,7%, par rapport à 3,7% pour les adultes. « Cela met en évidence le risque plus que jamais réel d’une génération perdue », peut-on lire dans le rapport de l’Observatoire de l’OIT.

Le rapport met en évidence les conséquences inégales sur les différents secteurs économiques, géographiques et sur le marché du travail dans sa diversité. Il fait part de son inquiétude face à la possibilité d’une « reprise en K », au sein de laquelle les secteurs et les travailleurs les plus touchés pourraient être laissés sur le côté et rater le train de la reprise économique, ce qui conduirait à une augmentation des inégalités si des mesures ne sont pas prises afin de contrer ce phénomène.

Le secteur le plus touché est celui des activités d’hébergement et de restauration, dans lequel l’emploi a baissé de plus de 20%, en moyenne, suivi par le commerce et les activités de fabrication. Par contre, on a assisté à une hausse des embauches au deuxième trimestre et au troisième trimestre 2020 dans l’information et la communication ainsi que dans les activités financières et d’assurances.

Ce qui nous attend

Même si un haut degré d’incertitude demeure, les dernières prévisions pour 2021 indiquent que la plupart des pays devraient connaître une croissance relativement forte dans la deuxième moitié de l’année, au fur et à mesure que les programmes de vaccinations seront opérationnels.

L’Observatoire de l’OIT présente trois scénarios en matière de relance: un scénario de référence, un scénario pessimiste et un scénario optimiste. Le scénario de référence, basé sur les prévisions du Fonds monétaire international d’octobre 2020, prévoit une perte de 3% du nombre d’heures de travail dans le monde en 2021.

Si l’on suit le scénario pessimiste qui part du principe que les progrès seront lents, en particulier en ce qui concerne la vaccination, les heures de travail baisseraient de 4,6%, alors que si l’on suit le scénario optimiste, la baisse serait de 1,3%. Tout dépendra donc si la pandémie est sous contrôle et si l’on enregistre un regain de confiance de la part des consommateurs et des entreprises.

Dans tous les scénarios, les Amériques, l'Europe et l'Asie centrale subiraient environ deux fois les pertes d'heures de travail des autres régions.

L’Observatoire de l’OIT comprend toute une série de recommandations en ce qui concerne les mesures à prendre en matière de reprise économique:

  • Les politiques macroéconomiques devront s’avérer conciliantes en 2021 et au-delà, et inclure, lorsque c’est possible, des mesures de relance budgétaire ainsi que des dispositions visant à soutenir les revenus et à promouvoir les investissements.
  • Des mesures ciblées devront concerner les femmes, les jeunes, les personnes peu qualifiées et les travailleurs faiblement rémunérés, ainsi que les autres catégories de personnes fortement touchées.
  • Un soutien international sera nécessaire à destination des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire qui disposent de moins de moyens financiers pour déployer des vaccins et promouvoir la relance dans le domaine économique et dans celui de l’emploi.
  • Il faudra prendre des mesures ciblées par rapport aux secteurs les plus touchés tout en créant des emplois dans ceux qui se développent rapidement.
  • Il sera nécessaire de privilégier le dialogue social afin de mettre en œuvre des stratégies de reprise indispensables pour créer une économie plus inclusive, plus équitable et plus durable.

« Les signes de reprise économique que nous percevons sont encourageants, mais ils restent fragiles et très aléatoires, et nous devons nous rappeler qu’aucun pays ou aucune catégorie ne pourra s’en sortir seul, souligne Guy Ryder, Directeur général de l’OIT. Nous sommes à la croisée des chemins. L’un d’entre eux mène vers une reprise économique inégale, non-durable, une reprise teintée d’inégalités grandissantes et d’une instabilité croissante, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles crises. L’autre chemin, lui, passe par une reprise centrée sur l’humain afin de mieux reconstruire en donnant la priorité à l’emploi, aux revenus et à la protection sociale, au droit du travail et au dialogue social. Si nous voulons une reprise économique durable et inclusive, c’est ce chemin-là que le législateur doit absolument s’engager à suivre. »

 

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