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Près d’un travailleur sur deux éprouve de l’anxiété et des sentiments dépressifs

Dans le contexte de la crise du coronavirus, près de sept travailleurs sur dix (68%) estiment que leur santé est une priorité pour leur organisation. Une santé qui, sur le plan mental, souffre de la situation de confinement. 57% pensent cependant que leur organisation se montre très compréhensive à l’égard de leur situation personnelle et familiale. Quelque 77% des répondants ont pu bénéficier d’une ou plusieurs formes de flexibilité au cours des dernières semaines.

Ce sont les résultats de la deuxième grande étude de la KU Leuven et d’IDEWE sur le coronavirus, à laquelle ont participé près de 6.000 travailleurs belges. Il en ressort également que les travailleurs belges ont continué à souffrir de problèmes de santé mentale au cours de cette phase de la crise. Deux mois après l’entrée en vigueur des mesures de lutte contre le coronavirus, près de la moitié (46%) éprouvent de l’anxiété et des sentiments dépressifs. Ce pourcentage n’a pratiquement pas baissé par rapport au mois précédent (48%). Près d’un travailleur belge sur deux a le sentiment d’être constamment sous pression (53% lors de l’enquête précédente). Aujourd’hui, alors que de nombreuses organisations invitent prudemment leurs travailleurs à réintégrer leur lieu de travail (après des semaines de télétravail ou de chômage économique), cette anxiété complique la transition.
 
« L’anxiété et la pression au travail restent importantes en ces temps de crise, et cela nous demande des efforts à tous, commente le Professeur Lode Godderis (IDEWE et KU Leuven). Les organisations peuvent faire beaucoup – et font beaucoup – pour que leurs travailleurs se sentent mieux dans leur peau et puissent faire face à cette période étrange. En plus d’un environnement de travail qui soit à la fois sûr et sain, de nombreux travailleurs ont aussi besoin de trouver un bon équilibre entre vie privée et vie professionnelle. »

La santé est prioritaire

Plus de deux tiers des répondants (68%) ont le sentiment que leur employeur met tout en œuvre pour garantir la sécurité de leur lieu de travail. La santé n’est pas reléguée derrière la productivité. De ce fait, les travailleurs ont moins tendance à avoir peur ou à avoir des idées sombres (40%). Le pourcentage grimpe jusqu’à 55% chez les travailleurs actifs dans des organisations dont le « climat de sécurité » est faible ou modéré.
 
« Le fait de miser sur la sécurité du travail peut contribuer à prévenir les problèmes de santé mentale, précise-t-elle. Il est donc important que les entreprises fassent participer leurs travailleurs à l’élaboration des mesures de sécurité. Elles ont aussi intérêt à tirer les enseignements de la crise et à ne pas vouloir revenir purement et simplement à la situation d’avant, qui n’était pas nécessairement meilleure. Il faut se demander ce que la crise nous a appris, de quelles nouvelles informations nous disposons aujourd’hui, ce qu’il y a de positif à retenir et ce qui mérite d’être changé. Plutôt que de chercher à revenir au ‘business as usual’, il vaut mieux engager la discussion avec les travailleurs afin de savoir ce qui peut être fait pour que l’activité recommence à tourner, tout en veillant aux aspects liés à la santé. »

Tenir compte de la situation familiale, privilégier la flexibilité

« La crise du coronavirus a fait vaciller l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée de nombreux travailleurs, déclare encore Lode Godderis. Que ce soit au travail ou à la maison, il faut répondre à certaines attentes: les travailleurs ont à cœur de faire leur travail aussi bien que d’habitude, tout en accordant à leurs enfants l’attention nécessaire et en les aidant à faire leurs devoirs. Le fait que les autorités prennent des décisions semaine par semaine concernant le retour à l’école exige des efforts importants de ceux qui ont des enfants, qui doivent constamment s’adapter et chercher des solutions. Dans les faits, ce n’est souvent pas une sinécure, cela leur prend une bonne part de leur énergie et de leur résistance mentale. »  
 
Plus de la moitié des répondants (57%) indiquent que leur employeur tient compte de leur situation personnelle et familiale. Les employeurs font preuve de compréhension et de flexibilité, sachant qu’il faut souvent concilier le télétravail et la garde des enfants. Les travailleurs n’ont donc pas à se sentir coupables lorsqu’ils doivent prendre du temps pour leur famille. L’anxiété et les sentiments dépressifs touchent 39% de ceux qui ont le sentiment que leur organisation tient compte de leur situation personnelle et familiale. Ce pourcentage atteint 55% chez les travailleurs actifs dans des organisations dont la culture est peu ou moyennement favorable à la famille. 
 
Pour mieux concilier leur vie professionnelle et leur vie privée, près de quatre travailleurs interrogés sur cinq (77%) ont eu recours à l’un des aménagements suivants en termes de lieu et de temps de travail:

  • 70% des répondants ont eu la possibilité de faire du télétravail. 64% l’ont effectivement fait.
  • Environ 1 travailleur belge sur 5 (21%) a eu la possibilité de travailler depuis un bureau satellite. 6% des travailleurs l’ont fait.
  • 44% des répondants ont eu la possibilité de prendre des congés pour compenser les heures supplémentaires prestées. 22% l’ont fait.
  • 31% des répondants ont eu la possibilité de bénéficier d’un règlement spécial permettant d’étaler leurs heures de travail sur la semaine, le mois ou l’année. 20% en ont fait usage.
  • 36% des répondants ont eu la possibilité de prendre des congés à l’heure. Très exactement la moitié l’ont fait.

 
Parmi les travailleurs qui ont pu avoir une certaine flexibilité par rapport à leur lieu et/ou à leur temps de travail, 44% ont souffert d’anxiété et de sentiments dépressifs. Le pourcentage est de 53% chez les travailleurs qui n’ont eu recours à aucun de ces aménagements.

Quel rôle pour le manager?

D’une manière générale, 63% des répondants se disent satisfaits de leur emploi, contre 61% lors de l’enquête précédente. Dans l’optique de la satisfaction au travail, l’enquête montre également l’importance de la communication du supérieur hiérarchique aux travailleurs. Ainsi, plus de la moitié des répondants (57%) estiment que leur supérieur hiérarchique direct communique en temps utile, de manière claire et avec honnêteté lorsqu’il s’agit des procédures à suivre dans le cadre de la crise du coronavirus. Trois quarts déclarent être très satisfaits de leur emploi. À peine la moitié des travailleurs qui estiment que leur supérieur hiérarchique ne leur fournit pas adéquatement les informations requises se disent satisfaits de leur emploi.
 
Le soutien social offert par le supérieur hiérarchique direct est également déterminant pour la satisfaction au travail. Deux tiers des travailleurs (66%) disent se sentir soutenus. Ils peuvent faire appel à leur responsable direct lorsqu’ils ont besoin d’aide et ils se sentent appréciés par lui. Trois quarts des personnes de ce groupe sont satisfaites de leur emploi, contre seulement 44% des travailleurs qui disent recevoir peu de soutien social de la part de leur supérieur hiérarchique.

Que peuvent faire les travailleurs?

Cette période a eu des répercussions négatives sur le fonctionnement journalier de plus d’un tiers des travailleurs belges (35%, contre 38% lors de l’enquête précédente). Par exemple, les répondants parviennent moins bien que d’habitude à se concentrer sur leurs occupations (43%, contre 50% lors de l’enquête précédente) et se sentent moins heureux (40%, contre 43% lors de l’enquête précédente).
 
L’enquête montre que les travailleurs résilients et ceux qui bénéficient du soutien social de leurs collègues sont davantage capables de gérer le sentiment d’insécurité et les angoisses, et ont un meilleur fonctionnement journalier. Trois quarts des répondants reçoivent beaucoup de soutien social des collègues, se sentent appréciés et savent qu’ils peuvent toujours demander de l’aide à leurs collègues. « Seulement » 29% d’entre eux rencontrent des problèmes dans leur fonctionnement journalier, alors que c’est le cas pour la moitié des travailleurs dont le soutien social est faible à modéré. « Cela montre qu’il est important d’être soutenu quand on se trouve face à un problème qu’on ne peut pas résoudre seul, explique Lode Godderis. Osez demander l’aide de vos collègues, et offrez-leur la vôtre. »
 
La résilience détermine aussi le niveau de stress et l’anxiété. Quelque 4 répondants sur 10 parviennent sans problème à gérer les circonstances en rapide évolution et les situations stressantes. Ils possèdent donc une bonne résilience. Seuls 20% des membres de ce groupe rencontrent des problèmes dans leur fonctionnement journalier, alors que le pourcentage grimpe jusqu’à 45% chez les travailleurs moins résilients.
 
« En cette période absurde, nous avons tout à gagner à renforcer notre résilience, en évitant de ruminer à propos de choses sur lesquelles nous n’avons de toute façon aucune influence. Cela peut aider d’accepter que nous allons encore vivre dans l’incertitude pendant un petit temps, mais aussi de nous protéger contre l’anxiété en nous concentrant sur les choses que nous pouvons contrôler. Demandez-vous sur quoi vous avez prise en ce moment, et consacrez-y vos efforts », conclut-elle.

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