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Le bureau idéal? Cela reste très largement… le bureau fermé

Les questions liées aux espaces de travail sont le plus souvent abordées du point de vue de l'entreprise, pensées par les directions. Mais quelles sont les aspirations, les préférences et les perceptions des salariés? C’est ce qu’a exploré la chaire Workplace Management de l’ESSEC Business School (France) dans sa troisième édition de l’enquête Mon Bureau Post-Confinement.

L’approche a permis de mettre en valeur des résultats inédits qui tiennent compte de la multiplicité des réalités sociales et des métiers qui cohabitent et se croisent dans les bureaux. Genres, statuts, âges, générations, domaines d’activité, métiers, sont autant de facteurs qui influent sensiblement sur la façon dont les salariés vivent au travail et dans leurs bureaux. Ces résultats offrent des clés de réflexion qui ne sauraient être ignorées dans le cadre d’une recomposition des espaces de travail dans le monde post-covid, à l’aune des expériences diverses et communes que nous avons tous vécues pendant cette année.

L’enquête Mon Bureau Post Confinement a été réalisée entre le 21 et le 30 avril 2021, en ligne, auprès d’un échantillon de 1.868 employés et utilisateurs de bureaux. Parmi eux, 58% de femmes, 42% d’hommes, âgés en moyenne de 39 ans (et dont 75% appartiennent à la génération Y). Elle aborde principalement le vécu de l’expérience de travail et les projections par rapport au bureau idéal sous l’angle de la différenciation sociologique. En voici les résultats.

Le télétravail en situation de confinement

Abordé dans sa globalité, l’échantillon ayant répondu à l’enquête déclare avoir plutôt bien vécu cette dernière période de confinement (d’octobre 2020 à avril 2021) et de télétravail: 48% l’ont assez bien voire très bien vécue et 22% l’ont très mal vécue. Et pourtant, les variations de focale que l’on effectue sur certaines catégories de la population nuancent cette première information.

• Cette différence varie sensiblement selon le genre, le statut et la CSP…

Dans l’ensemble, les hommes déclarent avoir mieux vécu l’expérience que les femmes (55% des hommes et 44% des femmes à poste égal). Les managers l’ont également mieux vécue que les collaborateurs.  En revanche, si l’on observe cette différence hiérarchique parmi l’ensemble de la population et sous l’angle du genre, elle s’avère d’autant plus prégnante parmi les femmes.  53% des femmes managers disent avoir bien vécu cette expérience, 55% d’entre elles disent avoir été plus efficaces qu’auparavant, et elles sont 65 % à déclarer avoir mieux réussi à organiser leurs activités lors de cette troisième période.

Les ⅔ des cadres dirigeants manifestent un ressenti positif sur cette expérience. En revanche, les cadres intermédiaires manifestent plus rarement ce sentiment positif (seuls 52% se disent plus efficaces) et les employés satisfaits par cette période de télétravail sont encore moins nombreux (39% d’entre eux se sont estimés plus efficaces). Ce sont également eux qui manifestent la plus grande impatience à l’idée de retrouver leurs conditions de travail initiales (66% des employés contre 55% des cadres).

• … et selon la génération

Les plus âgés enfin, sont ceux qui ont le mieux vécu cette expérience, bien davantage que les plus jeunes: 24 et 25% des générations Y et Z disent avoir mal vécu cette période, contre 20 et 17% des plus âgés (génération X et Baby-boomers). Chez les plus jeunes, les raisons invoquées à cette perception négative portent principalement sur la réduction des opportunités professionnelles et l’impossibilité à développer son réseau lorsque l’on travaille à domicile. Chez les plus âgés, ces facteurs sont moins prégnants, car là où la carrière des juniors est toute à bâtir et à projeter, celle de leurs aînés est plus sûre, plus installée et peut s’appuyer sur un réseau solide : autant d’atouts qui se sont avérés cruciaux pour bien vivre cette période d’isolement professionnel.

Un bureau idéal?

Une très large majorité de l’échantillon global s’accorde sur une préférence pour le bureau fermé, qu’il soit individuel ou partagé.  16% seulement se prononcent en faveur de l’open space, et 9% en faveur des espaces de travail non attribués, autant que ceux qui préfèrent le télétravail exclusif à domicile. Ici encore, ces préférences varient selon le genre, la position hiérarchique et la génération, traduisant des attentes différentes envers les espaces de travail.

• Des préférences genrées et générationnelles...

Globalement, les hommes se montrent plus attirés par le flex-office que les femmes (7% des hommes contre 3% des femmes). Les plus jeunes, eux, sont plus attirés que leurs aînés par le coworking (6,4% contre 3% environ parmi le reste de la population) et en revanche moins attirés qu’eux par le télétravail exclusif à domicile (4% chez les Z, environ 10% pour les X et Y, et 7% pour les baby-boomers), ce qui évoque notamment les différences générationnelles de ressenti à l’égard de l’expérience subie de télétravail intensif

• ...qui elles aussi, subissent des effets hiérarchiques

Les employés quant à eux, ont une préférence beaucoup plus marquée (⅔ des employés) pour le bureau fermé que les cadres et cadres dirigeants, eux-mêmes bien plus attirés par le flex-office ou pour le télétravail exclusif. Les espaces de coworking sont bien plus attractifs vis-à-vis des femmes managers que vis-à-vis de leurs homologues masculins et de leurs collègues féminines moins gradées. Cette dernière donnée indique que si le genre et la position hiérarchique influent tous deux notablement sur les représentations liées à l’espace de travail, à un certain degré hiérarchique les clivages liés au genre s’estompent face à la position managériale, alors qu’ils restent bien prégnants parmi les catégories les moins aisées et les moins privilégiées de la population.

Une question sociale et managériale

La piste sociale permet également d’expliquer les différences générationnelles de vécus et de perspectives quant au bureau idéal.  Les plus jeunes contraints de télétravailler depuis leurs petits appartements ou depuis le domicile familial n’ont pas bénéficié du même confort et des mêmes habitudes domestiques que leurs aînés, ce qui a immanquablement influé sur la façon dont ils ont subi ou bénéficié de ces quelques mois. Enfin, c’est à nouveau sous l’angle de la position et des conditions sociales que peut être abordée la question de l’espace de travail. 

Si les managers, les directeurs, les hommes se montrent plus ouverts à l’extension du flex-office, les femmes et les employés ne partagent pas cet engouement et manifestent une préférence pour des espaces attribués, susceptibles d’ancrer et de matérialiser leur place au sein de leur entreprise, une place valorisée et valorisante.

 

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