< Retour au sommaire

Comment agir en faveur d’une véritable Qualité de Vie en Télétravail?

À la mi-mars 2020, le télétravail s’est mis en place au pas de charge et sans préparation dans bien des organisations. Dix-huit mois plus tard, alors que s’amorce un travail qui va « hybrider » retour au bureau et travail à domicile, une nouvelle organisation du travail est à concevoir. Idéalement de façon participative, exhorte Caroline Pirotte, conseillère en prévention Ergonomie chez Mensura. Elle encourage à rendre le travailleur davantage acteur de son bien-être et de la gestion des risques liés au travail à domicile.

Texte: Christophe Lo Giudice

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’au cours des dix-huit derniers mois, la perception du télétravail a changé, et à bien des égards. « Plus aucun manager ne peut prétendre que le travail à domicile ne fonctionne pas, sourit Caroline Pirotte. Dans les premiers mois, tout le monde y a vu des points positifs : on a pu continuer à travailler, on gagnait du temps sur les déplacements, on ressent moins de stress, on est plus autonome et on gagne en flexibilité… À court terme, la satisfaction a été le sentiment le plus partagé. Quand la crise sanitaire s’est prolongée, les avis ont été plus partagés : certains ont ressenti le manque des collègues ; rester entre ses quatre murs, ça finit par peser ; une chaise de bureau, c’est quand même plus confortable, etc. L’impact sur le bien-être, et sur la santé de manière générale, s’est progressivement fait sentir… »    

 

Caroline Pirotte (Mensura)
« Dans la perspective d’une nouvelle organisation ‘hybride’ du travail, il importe de conscientiser vos managers et collaborateurs et de les impliquer pour les stimuler à faire des environnements domestiques un cadre de travail agréable et limiter ainsi les risques pour la santé. » © D.R.

Une enquête de l’Institute for Employment (Royaume-Uni, 2020) a ainsi montré que trois dimensions sortent fragilisées du télétravail forcé : l’ergonomie — avec des douleurs au dos, à la nuque, aux épaules… car on ne s’installe pas correctement —, l’hygiène de vie — moins d’activités physiques, une alimentation différente, des symptômes de fatigue… — et la dimension psychosociale — la perte de contacts formels et informels, une distance qui met mal à l’aise, la difficulté à poser des frontières avec un travail qui s’est invité à la maison, l’économie des déplacements qui s’est transférée vers plus de travail, un gain d’autonomie que tous n’ont pourtant pas le sentiment d’avoir… 


« Il y a différents moyens de rendre le travailleur acteur de la prévention des risques »

« En tant qu’employeur, vous avez un certain nombre d’obligations à remplir en matière de gestion des risques liés au télétravail, et notamment des obligations en matière de prévention, rappelle Caroline Pirotte. Au-delà du simple respect d’obligations légales, vous avez aussi tout à gagner à développer une approche qui soit construite de manière pluridisciplinaire et participative, prenant en compte ces trois dimensions fragilisées par la crise. Dans la perspective d’une nouvelle organisation ‘hybride’ du travail, il importe de conscientiser vos managers et collaborateurs et de les impliquer pour les stimuler à faire des environnements domestiques un cadre de travail agréable et limiter ainsi les risques pour la santé. »

Quatre étapes

Pour réinventer le travail et les espaces de travail pour l’après-Covid, Caroline Pirotte conseille de procéder en quatre étapes :

1.  Vouloir — « C’est-à-dire ne pas penser que les choses redeviendront simplement ‘comme avant’, dit-elle. Il convient de développer une véritable vision qui intègre les différentes façons de travailler pour que le travail hybride puisse se faire de manière productive et dans des lieux agréables et confortables, ce qui est le souhait et l’intérêt de tous. Cette volonté gagne à intégrer la culture et les valeurs de l’organisation ; les rituels, habitudes et moments informels dont nous avons tous besoin ; les besoins des différents collaborateurs et des différentes fonctions dans l’entreprise, etc. Pour y arriver, l’idéal est dès lors de procéder de façon participative en garantissant une bonne collaboration entre la direction, les représentants du personnel, les collaborateurs, des experts de différentes spécialités, etc. »


« Plus le cadre sera clair, précis et transparent, moins il y aura de problèmes »

2.  Savoir — « Connaître la législation et les obligations qui en découlent constitue une première base indispensable — les règles encadrant le télétravail occasionnel et le télétravail structurel ont été complétées par la CCT 149 liée à situation de télétravail obligatoire en temps de Covid-19 —, mais il importe aussi d’établir un diagnostic de la situation dix-huit mois après le passage brutal au ‘tout télétravail’ : comment les collaborateurs le vivent-ils ? Comment sont-ils installés à la maison ? De quoi auraient-ils besoin pour (bien) télétravailler ? Ont-ils gardé une bonne hygiène de vie ? Prendre soin des télétravailleurs passe, d’une part, par une analyse pluridisciplinaire des risques liés à la pratique du télétravail et, d’autre part, par une bonne information des télétravailleurs et leur implication dans la gestion de ces risques et de leur propre bien-être au travail à domicile. Mensura a bien entendu intégré le télétravail dans ses analyses de risques en ouvrant également la possibilité aux employeurs de sonder leurs collaborateurs sur leurs souhaits pour l’avenir. Il existe par ailleurs différents moyens de rendre le collaborateur acteur de la prévention et de la gestion des risques en télétravail : un questionnaire permettant de se situer en termes d’ergonomie, de vitalité et des aspects psychosociaux, e-learning, interventions d’experts, ateliers, trucs et astuces, défis à réaliser en équipe, etc. N’oubliez pas le management qu’il convient d’outiller à la gestion des équipes à distance. Enfin, un examen de la littérature et un regard sur les bonnes pratiques vont compléter les connaissances utiles à déterminer l’organisation du travail du futur : nous sommes en effet dans un cheminement qui a été initié voici une vingtaine d’années vers l’activity-based office, à savoir penser le lieu de travail non pas en fonction de la personne, mais en fonction de ce qu’elle y fait. La crise sanitaire vient simplement accélérer cette tendance. »


« Il convient d’évaluer la situation en continu pour ajuster ce qui doit l’être »

3.  Travailler — « Il s’agit ensuite de définir les procédures — plus le cadre sera clair, précis et transparent, moins il y aura de problèmes — et de les communiquer. Il devra inclure trois grands sujets, les trois B : bricks, bytes & behaviours. Le volet bricks définit les espaces et les équipements nécessaires, en les aménageant différemment en fonction de ce qu’on y fait (réflexion, concentration, interaction, collaboration, activités ciblées…). Le volet bytes concerne les solutions informatiques et dispositifs techniques efficaces et conviviaux, mais également la formation et l’assistance qui vont permettre aux travailleurs de les utiliser convenablement. Le volet behaviours porte sur les personnes, les mentalités, la culture et la gestion du changement. Le changement des comportements est tout un processus et passe par plusieurs étapes : établir un contexte sûr où le collaborateur sent qu’on lui fait confiance, fournir une information lui permettant de comprendre le changement, mettre en évidence les points positifs pour chacun et lui donner confiance dans sa capacité à changer. »

4.  Regarder — « L’enjeu est ensuite de demeurer attentif aux évolutions, de sonder les collaborateurs régulièrement et d’évaluer en continu la situation pour, au besoin, adapter ou ajuster ce qui devrait l’être, conclut Caroline Pirotte. Ce qui implique aussi de sensibiliser les lignes hiérarchiques et de personnaliser autant que possible les solutions mises en place. »  


Temps forts

  • C’est le souhait et l’intérêt de tous : que le travail hybride puisse se faire de manière productive et dans des lieux agréables et confortables
  • Connaître la législation en matière de travail à distance et les obligations qui en découlent constitue une première base indispensable, mais non suffisante
  • Pour réussir le travail hybride, il est essentiel d’impliquer les managers et les collaborateurs dans sa définition et sa mise en œuvre

 


8 conseils pour un travail à domicile productif

  1. Veillez à vous créer un lieu de travail isolé — « Ce qui, on le sait, n’est pas donné à tout le monde, surtout dans la capitale, concède Caroline Pirotte. On n’a pas tous un bureau isolé, ni même une table à consacrer au travail. Peut-être est-il toutefois possible de définir ce lieu isolé par tranche horaire ? Même si on s’installe à sa table de cuisine, on peut le faire correctement, en retirant le panier de fruit et le presse-jus pour n’avoir que son matériel de travail. C’est clé en termes de charge mentale. »
  2. Veillez à créer un lieu de travail calme et agréable, avec un apport de lumière naturelle, un renouvellement d’air, etc.
  3. Établissez un horaire de travail adapté à votre rythme — « Même ceux qui se disent cool et adeptes de l’improvisation ont besoin de certains rituels, de moments où ils peuvent se concentrer, etc. »
  4. Utilisez des outils de travail ergonomiques — « Pas besoin pour cela d’un bureau de compétition ! Il y a toujours moyen de réduire les risques pour son bien-être avec un peu de réflexion sur l’application des principes de base du travail de bureau : se placer à bonne hauteur de l’espace de travail peut se faire avec l’aide de gros livres, d’un coussin, d’une chaise d’une autre taille… Place à l’imagination ! »
  5. Variez les positions et levez-vous régulièrement — « Rien ne vous oblige à suivre vos réunions en étant toujours statique à votre bureau ! Cherchez à bouger ! Là aussi, de l’imagination ! »
  6. Faites des pauses saines — « Par exemple dégourdissez-vous les jambes, sortez 10 minutes prendre l’air. On se dit souvent qu’on n’a pas le temps, mais il s’agit d’un temps productif à glisser dans sa journée. Ça fait du bien et, au final, on gagne ainsi du temps ! Combattre les maux de dos ne se fait pas seulement par la posture, mais aussi en bougeant, en faisant du sport, en mangeant bien, en buvant régulièrement (de l’eau)… »
  7. Assurez la sécurité de votre environnement — « Attention aux câbles qui passent, au tapis qui cause des obstacles, à un manque d’aération, aux reflets de lumière dans les yeux ou sur l’écran, à une température excessive, au désordre… »
  8. Cherchez à vous connecter avec vous-même et avec les autres — « Pour notre bien-être, nous avons besoin d’avoir un certain degré d’autonomie, de nous considérer compétent et de sentir de l’appartenance. Autant de dimensions qui ont été affectées par la crise sanitaire et sur lesquels il nous faut travailler. À ce titre, les managers doivent comprendre que tout le monde n’a pas les mêmes besoins. Et j’aime bien la métaphore : on ne peut verser de l’eau à partir d’une cruche vide. Autrement dit, on ne peut pas donner de conseils à son équipe si on ne montre pas le bon exemple. »

 


7 conseils pour le retour physique au bureau

Revenir au bureau après une si longue période de télétravail obligatoire n’est pas anodin et, à l’occasion de ce retour, il est aussi important de prêter attention aux besoins ou difficultés psychosociales des collaborateurs. Sur le blog de Mensura, Stéphanie Leblanc, conseillère en prévention aspects psychosociaux, énumère ces sept points d’attention.

  1. Rassurez vos travailleurs — « Certains ressentiront de l’inquiétude ou de l’anxiété à l’idée de reprendre le travail. Pour diminuer cette pression, il est important d'indiquer clairement les mesures que vous prenez pour éviter la contamination sur le lieu de travail. »
  2. Informez rapidement et clairement des changements dans l’organisation du travail — « En faisant la clarté sur ces questions pratiques, vous augmenterez l’adhésion."
  3. Soyez à l'écoute des préoccupations des collaborateurs — « Évitez une communication à sens unique sur la nouvelle façon de travailler et mettez-vous à l’écoute des besoins et idées de vos collaborateurs. Ensuite, soyez transparent quant aux décisions prises. Impliquez également les travailleurs qui ne peuvent pas (ou n’ont pas pu) télétravailler. Certains sont présents sur le lieu de travail depuis mars 2020. Il est avisé d'organiser des discussions avec eux également. »
  4. Travaillez sur la motivation des travailleurs à continuer à respecter les mesures sanitaires — « Il est très important que tous les travailleurs soient impliqués dans l’objectif de ne pas laisser de chance aux infections. »
  5. Donnez aux responsables hiérarchiques le cadre pour aider les collaborateurs — « Ils doivent être conscients du risque de stress ou d'anxiété au sein de leur équipe, afin de pouvoir réagir comme il se doit. » Pour leur apprendre à reconnaître les signaux et à y répondre correctement, Mensura a mis en place une formation Premiers Secours en Santé Mentale.
  6. Prenez soin de vous — « Ce n'est pas un hasard si dans un avion, il est recommandé de mettre son propre masque à oxygène avant d'aider les autres. En tant qu'employeur, veillez donc à prendre soin de vous et à vous faire aider à temps par un psychologue ou un coach, par exemple. »
  7. Rappelez-vous : pas d'esprit sain, sans un corps sain — « En tant qu'employeur, vous pouvez motiver vos travailleurs à vivre plus sainement — par exemple en favorisant les promenades à l'heure du déjeuner ou en organisant des réunions à l’extérieur —, ce qui a un impact positif sur la résilience mentale et augmente la résistance ! »

 


Plus en savoir? Besoin d'inspiration?

Faites le test, découvrez des solutions et laissez vous inspirer sur mensura.be/fr/un-travail-a-domicile-sain-et-productif

Sur le même sujet

Soyez le premier à réagir à cet article

Pour pouvoir réagir, vous devez vous connecter
< Retour au sommaire

Vous cherchez, vous trouvez!

HR Square | Revue, Infolettre, Réseau, Site web, Séminaires,...

Devenez membre maintenant!
Bénéficiez des avantages