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« C’est le bon moment pour réfléchir à des moyens de prendre encore plus soin de notre personnel soignant »

Dans le secteur des soins, les chiffres de l’absentéisme pour maladie sont pas moins de 36% supérieurs à la moyenne dans tous les secteurs. C’est ce qui ressort d'une analyse d’Acerta sur 260.000 travailleurs occupés auprès de plus de 40.000 employeurs du secteur privé et sur 28.000 travailleurs du secteur des soins. Les contaminations au coronavirus ne sont pas la seule cause. La pression psychosociale depuis plusieurs mois fait également payer un lourd tribut, d’après IDEWE.

Toutes formes d’absence pour maladie (courte, moyenne et longue durée) confondues, les soins ont fait face à pas moins de 36% d’absentéisme en plus par rapport aux autres secteurs en 2020. En particulier chez les malades de longue durée – absence d’un an ou plus –, la différence avec les autres secteurs professionnels est choquante: +46,5%. En 2020, l’absentéisme de courte durée – moins d’un mois, avec salaire garanti – dans le secteur belge des soins était 24,6% supérieur à l’absentéisme de courte durée pour tous les secteurs réunis. L’absentéisme de moyenne durée – entre un mois et un an, après salaire garanti – était à nouveau 30,6% plus élevé dans le secteur des soins par rapport à la moyenne dans tous les secteurs.

« Les chiffres généraux montrent que le télétravail, l’une des principales mesures contre le coronavirus, a un effet bénéfique sur l’absentéisme pour maladie (de courte durée), commente Benoît Caufriez, directeur d’Acerta Consult. On peut être trop malade pour se rendre au travail, sans pour autant être malade au point de ne pas pouvoir travailler. L’une des causes à la baisse de l’absentéisme pour maladie en 2020 est qu’en cas de télétravail, on continue à travailler même un jour sans. Or, dans le secteur des soins, le télétravail n’est pas possible dans la plupart des cas. D’où le fait que cet avantage n’ait pas joué. Par ailleurs, la charge de travail supplémentaire et les nombreux contacts (à risque) avec les patients font payer un lourd tribut. »

Si l’on se penche spécifiquement sur l’absentéisme de courte durée dans le secteur des soins, ce dernier était presque 10% plus élevé en 2020 que l’année précédente. Au total, 3,4% des heures ouvrables n’ont pas été prestées pour cause de maladie de moins d’un mois parmi le personnel. Les chiffres sont ainsi en contradiction avec la tendance générale auprès de la population belge active. En effet, dans tous les secteurs, l’absentéisme de courte durée dans notre pays a baissé de 3,7% en 2020, en partie grâce au télétravail massif et aux contacts physiques plus limités.

Covid-19 et pression psychosociale

Une partie de l’absentéisme pour maladie dans les soins est due aux contaminations au coronavirus. Mais ce phénomène n’explique certainement pas le tableau d’ensemble, selon IDEWE, le service externe pour la prévention et la protection au travail. La pression mentale continue est également une cause majeure de l’absentéisme parmi nos soignants et nos infirmiers.

« En particulier la deuxième vague a pesé lourdement sur le personnel soignant, explique Lode Godderis, CEO d’IDEWE. Ces personnes étaient depuis des mois en première ligne contre le coronavirus. Puis, il est devenu de plus en plus clair que ce ne serait pas un sprint, mais un marathon. Les chiffres du coronavirus se sont légèrement améliorés, après quoi ces personnes ont été confrontées à une nouvelle vague. Le personnel soignant et infirmier avait déjà dû faire face à un nombre incalculable de décès de patients et de résidents en maisons de repos et de soins. De plus, ils savent aussi qu’ils devront, après le coronavirus, rattraper leur retard en matière de soins et d’interventions qui ont été postposés. Cette pression mentale a fait décrocher beaucoup de personnel. La campagne de vaccination leur donne maintenant à nouveau de l’espoir pour l’avenir. »

L’épargne-carrière et l’augmentation d’autonomie comme leviers

La pandémie de coronavirus a souligné davantage encore l’importance de soins de santé de qualité. Mais la pression qui pèse sur les hôpitaux et les maisons de repos et de soins a bel et bien mis le personnel soignant à l’épreuve. Comment nous assurer que notre personnel soignant reste motivé au travail et qu’il y a aussi suffisamment d’afflux de jeunes ou de flux latéral d’autres secteurs? L’épargne-carrière et l’augmentation d’autonomie pour le personnel peuvent être deux solutions importantes, déclare Acerta.

« C’est le bon moment pour réfléchir à des moyens de prendre encore plus soin de notre personnel soignant, estime Benoît Caufriez. L’autonomie est la clé. Permettez aux membres du personnel soignant d’avoir plus de contrôle sur leur vie professionnelle. Des heures supplémentaires ont été prestées, des vacances n’ont pas été prises... C'est le bon moment pour envisager un système d’épargne-carrière. Les gens peuvent ainsi s’aménager plus de temps pour respirer quand cela les arrange, ce qui peut être un point positif très motivant. Ou un système permettant au personnel de déterminer ou de composer lui-même ses horaires de travail, ce qui signifie aussi plus d’autonomie. Les vieilles recettes de travail dans les soins ont été mises à rude épreuve l’année écoulée et ne se sont pas avérées suffisantes partout. L’épargne-carrière et l’augmentation d’autonomie pour le personnel dans le secteur des soins peuvent être deux leviers importants pour donner un nouvel élan à notre secteur des soins fort après le coronavirus. »

L’épargne-carrière offre au travailleur la possibilité d’épargner certains éléments de temps (par exemple des jours de congés extralégaux non pris et certaines heures supplémentaires) et de ne les prendre qu’à un stade ultérieur de la carrière, lorsqu’il y a besoin d’une pause-carrière. Pensez par exemple à une période de vacances plus longue pour un grand voyage. Il s’agit d’un gain pour le travailleur, pour l’employeur et pour les pouvoirs publics. Le travailleur épargne le surplus d’heures et de jours et ne les prend que lorsqu’il en a besoin. Il paie lui-même cette absence, le salaire pour ces jours n’étant payé, lui aussi, qu’au moment de la prise.

 

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