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En quoi le rematching peut-il contribuer à contrer la faible mobilité des talents ?

Le marché de l’emploi est florissant. Les opportunités pour rebondir se multiplient. Or, malgré la surabondance d’offres, à peine 16% des travailleurs sont à la recherche active d’un autre emploi. Près d’un répondant sur quatre au Talent Pulse d’Acerta dit ne pas être intéressé par les offres d’emploi. Mais la mobilité interne ainsi que d’autres formes créatives d’évolution de carrière suscitent un intérêt prometteur. Une contribution de Benoît Caufriez, Director d'Acerta Consult.

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« Notre étude qui a sondé 2.000 personnes confirme que les travailleurs sont plutôt bien là où ils sont, observe Benoît Caufriez, Director d’Acerta Consult. On peut se dire qu’il s’agit d’une bonne nouvelle au niveau de la rétention du personnel. L’an passé, la mobilité de l’emploi a atteint un pallier historiquement bas : les personnes ayant du travail ont indiqué vouloir rester à leur poste. 23% d’entre elles ont même affirmé ne pas être intéressées par des offres d’emploi potentiel. Cette année, on observe un léger sursaut. L’intérêt passif connaît une petite hausse. La proportion des ‘non intéressés’ tombe à 20,82%. En 2018, 15,81% recherchent activement un nouvel emploi, contre 15 % en 2017. »

Une bonne nouvelle ? Oui… et non. « Le marché du travail a besoin d’un certain degré de mobilité, même si celui-ci est difficile à définir et varie de secteur à secteur, poursuit-t-il. D’autre part, il convient de connaître les raisons pour lesquelles notre marché du travail est si cadenassé. » Le moins qu’on puisse dire, c’est que ces raisons sont plutôt défensives. « Il semblerait que les travailleurs n’osent pas faire le saut dans l’inconnu. 71% se disent freinés par les incertitudes liées au changement. 59% ne savent pas ce qu’ils feraient d’autre. 46% manquent de confiance en eux. 53% refusent de risquer une baisse de salaire, alors même qu’un changement d’employeur se fait généralement pour une meilleure rémunération.

Il est vrai que les plans cafétéria, la perte d’ancienneté et le fait de bénéficier de délais de préavis moins avantageux suite aux modifications induites par le statut unique tendent à enfermer certains dans une cage dorée. »

Combiner deux jobs ?

Si la mobilité sur le marché du travail est si faible, l’employeur gagne à fidéliser ses travailleurs. C’est vrai pour les plus compétents, mais également pour ceux dont les compétences ne sont plus adaptées et qui pourraient être tentés de les valoriser ailleurs. « C’est tout l’intérêt du ‘rematching’, c’est-à-dire faire endosser un autre rôle qui s’aligne mieux sur les talents du travailleur, pointe Benoît Caufriez. Notre enquête révèle que près de 94% des travailleurs en voient l’avantage. Cela implique, par exemple, de modifier les tâches de la personne, voire de changer totalement celles-ci, ou même de permettre au travailleur de combiner son emploi avec un job dans une autre organisation. »

Science-fiction ? Peut-être pas : plus d’un travailleur sur dix déclare qu’il accepterait ce type de solution. « Lorsqu’on leur demande s’ils seraient prêts à tenter quelque chose de neuf, quatre travailleurs sur cinq répondent par l’affirmative : oui, donnez-moi l’occasion d’endosser un autre rôle, de travailler au sein d’une autre équipe, etc. Les travailleurs sont par contre sceptiques quant à la disposition des employeurs à accepter de les voir endosser deux rôles répartis sur deux employeurs. 68% pensent qu’il serait même inutile d’aborder l’idée. »

Le rematching implique également d’accompagner les travailleurs à mieux connaître leurs talents et à les développer. Ce qui peut générer la crainte chez l’employeur qu’ils vont alors plus facilement partir à la concurrence. « C’est l’inverse qui est vrai : un autre volet du Talent Pulse montre que les collaborateurs conscients de leurs talents ont moins rapidement tendance à vouloir voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Ceux qui sont moins sûrs d’eux hésitent davantage. Le nombre de personnes activement à la recherche d’un emploi est 16% plus élevé chez un employeur n’aidant pas à développer les talents que chez un employeur qui s’y attèle. »

L’ouverture des travailleurs à opérer un revirement dans leur travail sans pour autant vouloir changer d’entreprise est une bonne nouvelle, conclut Benoît Caufriez. « Une autre de nos études a montré que les travailleurs les plus engagés et les plus loyaux sont ceux pour qui il existe un bon équilibre entre expérience/compétences et potentiel, ce à quoi contribue le rematching. La personne peut valoriser ce qu’elle maîtrise et explorer d’autres horizons. Par ailleurs, si les employeurs savent que les gens veulent du changement, ils peuvent élargir leur champ de recherche, engager en fonction du potentiel et de la motivation et ne plus se borner à essayer de copier l’expérience. »

Benoît Caufriez
Director
Acerta Consult

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