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Traité des libres qualités

Auteur:Pascal Chabot
Editeur:Presses Universitaires de France, 409 pages.
ISBN:978-2-13-080765-0
Prix:€19,90
La qualité est l’affaire du siècle, affirme Pascal Chabot. Bien des professions sont par exemple soumises à des évaluations de qualité dans lesquelles des normes, parfois extrinsèques au milieu du travail, s’imposent aux individus. Or, nous dit le philosophe, le défi de notre époque est bien d’articuler la valeur qualité aux exigences de liberté et aux besoins de justice.

« La qualité est partout, des grandes questions politiques et sociales jusqu’aux plus petits détails des existences particulières, explique Pascal Chabot. Un pont tombe à Gênes: c’est la qualité des câbles enserrés dans le béton qui est en cause, de même que la qualité de l’audit qui aurait dû le déceler et le répercuter à une administration dont les qualités de gestion sont en question. Or, sur ce pont, roulait une Volkswagen, quelques mois après que la société s’est enlisée dans le scandale des moteurs truqués: on doit à l’Agence californienne pour la qualité de l’air d’avoir remarqué, grâce à des tests en laboratoire dont les protocoles répondent aux meilleurs critères de qualité scientifique, que le constructeur négligeant les normes ISO de qualité sur les émissions des moteurs ainsi que d’autres réglementations, avait menti à ses consommateurs, enfreignant son devoir de leur fournir une information de qualité. Dans les procès en cours, on interroge la qualité du management, la qualité de sa compréhension des protocoles informatiques, ainsi que la pression de l’actionnariat habitué au rendement de produits financiers de qualité. »

Faut-il en rajouter? Le récit se poursuit en abordant encore la qualité de vie, la qualité du sommeil, la qualité des soins, la qualité de la législation, l’accréditation de qualité, la qualité de l’enseignement, les quality rankings des universités, etc. « Il ne fait guère de doute que le vocable qualité est partout, pointe l’auteur. En une vingtaine d’années, il est devenu un élément de langage incontournable dans les professions comme dans les existences. Le terme s’est immiscé dans tous les domaines où un jugement de valeur est nécessaire, au point de détrôner les figures traditionnelles du bien et du bon. Précisons que son contraire, le ‘merdique’ (NDLR : qui est abordé dans un chapitre) est lui aussi en passe de devenir un invariant culturel. »

Dans son Traité des libres qualités, le philosophe s’attache à décoder ce que cache ce mot contemporain. Il le fait en se tournant vers les qualités humaines et leur diversité impressionnante, en cherchant à comprendre comment notre espace-temps est devenu un monde de qualités artificielles, en observant les chocs de la qualité et de la quantité, ou encore en relevant comment les standards de contrôle font l’objet d’une lutte économique et politique omniprésente.

Une partie du livre confronte le qualitarisme à une série de terrains concrets donc celui du monde du travail. « Alors qu’ailleurs, c’est souvent l’aspect positif de la qualité qui prime, dans le monde du travail, le mot fait peur. Dans les usines, les entreprises ou les administrations, les ‘plans qualité’ éveillent une méfiance systématique. La qualité y est perçue comme un cheval de Troie dont les flancs seraient gros d’injonctions, de contrôles, d’augmentation des cadences ou des responsabilités. » Le danger est bien ici celui d’une qualité contrôlée, qui réifie l’humain et le traite comme une ressource comparable à toutes les autres. « Trop souvent, la qualité est une technique de pouvoir déguisée en pouvoir de la technique et des chiffres, c’est-à-dire une technocratie », note-t-il en abordant des sujets aussi centraux pour les RH que la qualité de vie au travail, la reconnaissance ou encore le sens du/au travail.

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