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Les entreprises hyperpuissantes - Géants et Titans, la fin du modèle global?

Auteur:François Lévêque
Editeur:Éditions Odile Jacob, 240 pages.
ISBN:978-2-7381-5498-9
Prix:€17,99
La puissance des entreprises globales est devenue telle qu’il faut recourir à la mythologie pour en mesurer la démesure: de Walmart à Ikea, de Microsoft à Apple, de Huawei à Airbus, les géants mondiaux et les titans numériques caracolent en tête et creusent l’écart avec le reste du peloton, quel que soit le critère retenu — productivité, innovation, expansion internationale, part de marché ou profit. Mais le « très grand » n’est-il pas devenu « trop grand »?

« Ces entreprises sont grandes et globales: ce sont des multinationales, explique François Lévêque, professeur à Mines-ParisTech Université PSL où il enseigne l’économie et mène des recherches sur le droit de la concurrence. Elles concentrent une part croissante de l’économie — bien au-delà de 10.000 milliards de dollars. Elles creusent l’écart avec les autres par leur part et leur pouvoir de marché, leur profit et leur productivité, explique-t-il. Elles l’ont emporté sur la concurrence, laissant sur le carreau des entreprises moins ingénieuses, audacieuses ou simplement chanceuses. Au-delà de ces traits partagés, il convient pourtant de distinguer deux figures, celles du géant et du titan justement. Et de réserver cette dernière aux entreprises numériques, aux Gafa. Pourquoi ? Parce que leur taille est plus écrasante, leur puissance plus extraordinaire, leur arrogance et leur orgueil plus prononcés et leur volonté farouche de dominer le monde — et d’en assurer l’hégémonie — plus marquée encore. »

Mais le « très grand » n’est-il pas devenu « trop grand », interroge l’auteur qui ne se contente pas d’analyser finement les ressorts de la réussite des entreprises hyperpuissantes. Il montre également qu’elles contribuent à accroître les inégalités et à miner les démocraties par leur pouvoir sur les consommateurs. « Il est courant de penser que l’inégalité salariale croissante dans la population est tirée par le décalage croissant au sein des entreprises entre les émoluments des dirigeants, du top management, et la paye de ceux d’en bas de l’échelle qui perçoivent le salaire minimum dans les pays où il existe. Et bien ce n’est pas la cause principale. L’inégalité salariale est principalement tirée par la divergence entre le salaire moyen des entreprises qui paient le mieux et le salaire moyen des entreprises qui paient le moins bien. » François Lévêque montre ainsi qu’en tendance, les écarts de productivité entre les entreprises s’accroissent, et ce à cause notamment des géants et des titans, champions des gains de productivité. Si les inégalités salariales s’accroissent, dit-il, les entreprises puissantes sont de la partie.

Les dieux de l’Olympe — les États — n’ ont cependant pas dit leur dernier mot, estime-t-il. Partout, la riposte s’organise. Au même moment, nationalisme technologique et fragmentation géopolitique sont à l’œuvre entre la Chine, les États-Unis et l’Europe, signes d’une démondialisation en marche. Ce basculement sonnera-t-il la fin de quarante années d’expansion continue pour les géants et les titans?

 

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