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Edito — Pacte d’Excellence, mon cul! HR Square 23

Vulgarité gratuite? Non: référence littéraire! Si vous n’avez pas lu Zazie dans le métro, chef d’œuvre de Raymond Queneau, voilà une lecture pour l’été! Antithèse de la petite fille modèle qui, dix ans avant mai 68, s’affirmait comme enfant politique rêvant d’une autre société, Zazie ponctue certains propos par cette expression...

« Retraite mon cul! Moi, c’est pas pour la retraite que je veux être institutrice », dit-elle. Alors que le job est entré dans la liste des métiers pénibles, on vous laisse aller découvrir sa motivation particulière…

Le Pacte d’Excellence, c’est cette usine à gaz initiée en 2015 en Fédération Wallonie-Bruxelles avec l’ambition de préparer l’école de demain et d’en améliorer la qualité. Le concept est marketing : il n’y a encore ni Pacte — les parties sont loin de s’accorder —, ni Excellence — qui ne se décrète pas. Tant qu’on palabre sur le tronc commun, le regroupement de matières, le passage de l’heure de cours de 50 à 45 minutes, on rate l’essentiel : réinventer — ré-enchanter ? — l’école, plutôt que lui imposer l’énième toilettage.

Andreas Schleicher, patron de la direction Éducation et Compétences à l’OCDE, résumait bien l’enjeu dans les pages de l’Écho : « Vous avez des élèves du XXIe siècle, des enseignants et une pédagogie du XXe et une organisation du travail du XIXe. » Son constat : notre enseignement fonctionne comme une usine. Expert des neurosciences, Idriss Aberkane est du même avis : « Issue de la révolution industrielle, notre éducation est centrée sur la pensée de l’usine et sa vertu cardinale est la conformité. Pas la créativité, pas le caractère, pas l’amour des savoirs, pas l’épanouissement », écrit-il dans Libérez votre cerveau — Traité de neurosagesse pour changer l’école et la société. La clé pour la transformer selon lui ? « Ne plus forcer le cerveau à ressembler à notre école, mais forcer notre école à ressembler à notre cerveau ».

L’école doit former au monde, pas à l’entreprise, jugeait pour sa part le journaliste de l’Écho dans une « opinion » en marge de l’interview : « Ce dont la société a besoin, écrit-il, c’est de citoyens. Éclairés. Cultivés. Critiques. Polyglottes. Ayant appris à douter, à remettre en question et à apprendre. Prêts, autant qu’on puisse l’être, à affronter un avenir dont on ne sait rien. » Ce serait bien mal observer l’entreprise que de penser que ce n’est pas aussi ce dont celle-ci a besoin aujourd’hui…

Christophe Lo Giudice



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