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Vouloir préserver une frontière entre travail et vie privée ferait plus de mal que de bien

C’est ce que montrent des résultats de recherche publiés dans le Human Relations. Les chercheurs de deux universités américaines ont trouvé qu’il serait préférable de développer des stratégies permettant de mieux intégrer nos vies professionnelle et privée plutôt que de vouloir les séparer à tout prix. Un argument de plus en faveur d’une organisation plus flexible de notre temps et lieu de travail.

De nombreux travailleurs s’évertuent à combiner vie professionnelle et vie privée du mieux qu’ils peuvent, ce qui n’est pas sans générer des tensions et du stress, comme l'indique le Harvard Business Review qui consacre un article à cette étude. Pour essayer de contrôler ce stress, beaucoup d’entre nous essayent d’imposer de meilleures frontières entre les deux, par exemple établir des règles claires sur les moments durant lesquels on vérifiera ou non ses mails, les lieux où l’on emportera ou non son smartphone ou les raisons qui justifieraient de ramener du travail à la maison.

Etablir de telles frontières serait-il la bonne façon de préserver son équilibre de vie? Une nouvelle recherche semble démontrer le contraire: le fait de maintenir une distinction stricte entre les rôles professionnels et les rôles privés serait en réalité ce qui cause notre sentiment de stress. Plutôt que de laisser son travail au bureau et sa vie privée à la maison, intégrer les deux pourrait représenter une meilleure stratégie pour améliorer à la fois notre bien-être et notre performance.

Transition cognitive 

Pour en comprendre la raison, nous devons nous arrêter sur le concept que les psychologues appellent la « transition cognitive de rôle ». Quand vous êtes engagé dans un rôle, mais que vous expérimentez des pensées ou des sensations liées à un autre rôle, vous vivez une transition cognitive de rôle. Parfois, de telles transitions sont simples et fugaces (comme, par exemple, se souvenir de l’anniversaire d’un parent lors d’une virée nocturne entre amis), mais plus les rôles sont séparés dans votre vie, plus la transition sera grande.

Au travail, ces transitions de rôle peuvent être sources de stress. Quand une pensée relative à votre vie privée traverse votre esprit alors que vous êtes au bureau, vous vivez une transition cognitive de rôle professionnel au rôle privé. Même si la transition est brève, elle peut affecter votre énergie et votre concentration requises pour réaliser votre travail. L’inverse est vrai à la maison. Comme ces transitions cognitives requièrent un effort, on suggérait auparavant de les minimiser en établissant des frontières de façon bien disciplinée. Des chercheurs de la Ball State University et de la Saint Louis University ont mis en évidence le fait que l’inverse serait vrai : brouiller les frontières et intégrer le travail et la vie privée nous équiperait mieux pour gérer ces transitions cognitives et limiter le gaspillage de nos ressources cognitives.

Organisation flexible du travail 

Cette recherche récemment publiée dans le journal Human Relations a étudié plus de 600 employés et s’est basée sur les mentions d’incidents rapportés par les participants quand ils avaient des pensées qui étaient liées ou non aux tâches professionnelles. Il est apparu que les personnes ayant fixé des frontières plus poreuses entre travail et vie privée ressentaient davantage de transitions cognitives de rôle, mais étaient aussi moins affectées par celles-ci. De plus, quand les gens essayaient de maintenir la séparation entre travail et vie personnelle, leurs transitions cognitives de rôle étaient de nature à demander plus d’effort et, donc, affectaient leur performance. Plus la survenance des transitions était fréquente, plus les employés pouvaient développer des stratégies afin de les rendre plus efficaces, un peu comme on entraînerait un muscle.

« Sur le long terme, il peut être préférable de permettre à l’esprit des collaborateurs de vagabonder et de les laisser passer des coups de fil privés occasionnels plutôt que d’établir des politiques qui fixent des frontières strictes et inflexibles, car ces dernières affectent négativement le développement de manières fonctionnelles de gérer les deux dimensions », concluent les chercheurs. Pour les employeurs, cette recherche apporte de l’eau au moulin des programmes de travail flexible favorisant le télétravail occasionnel à domicile ou la gestion flexible du temps de travail. Quant aux individus, elle leur offre des arguments pour déculpabiliser lorsque leur esprit passe du professionnel au privé et vice-versa: laisser votre vie privée pénétrer votre vie professionnelle pourrait contribuer à terme à vous rendre plus productif…

Source: Harvard Business Review

 

 

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