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Une origine étrangère constitue un frein à l’emploi à Bruxelles

La première étude scientifique sur l’origine des chercheurs d’emploi bruxellois démontre qu’il est plus difficile de trouver un emploi quand on est d’origine étrangère, même avec des qualifications. « Seule une volonté politique forte de s’attaquer à la dimension structurelle de ces discriminations permettra la mise en œuvre de mesures réellement efficaces. », souligne Khadija Senhadji, responsable de l’étude.

À la demande du ministre bruxellois de l’Economie, de l’Emploi et de la formation professionnelle de la précédente législature, view.brussels, l’observatoire bruxellois de l’emploi et de la formation, a réalisé une étude inédite qui intègre la variable de l’origine dans toutes ses analyses. Dans cette étude, intitulée  « Profil et trajectoire des chercheuses et chercheurs d’emploi en Région de Bruxelles-Capitale. Monitoring selon l’origine nationale »  l’origine est à chaque fois prise en compte. Cette dimension est croisée avec d’autres données comme le genre, le degré de formation ou encore le lieu de résidence.

Il en ressort 5 constats interpellants:

1. Les inégalités à l’emploi sur base de l’origine présentent une dimension massive et structurelle. 

  • Les populations d’origine non-UE subissent un phénomène aigu de sur-chômage et de sous-emploi. Par exemple, le taux de chômage des personnes d’origine maghrébines et des afro-descendants est 3 à 4 fois plus élevé que celui des belgo-belges.
  • Les jeunes d’origine subsaharienne ont le plus de difficultés à trouver un travail. Ils sont les plus nombreux à ne pas avoir d’emploi 36 mois après leur inscription chez Actiris, malgré leur présence plus importante dans les formations.

2. Diplôme égal en poche, les personnes d’origine extra-européenne ont plus de difficultés à trouver un emploi. A niveau  d’études équivalent, elles présentent des taux d’insertion à l’emploi moins élevés que les belgo-belges.

3. La non-reconnaissance des diplômes étrangers touche davantage les personnes d’origine subsaharienne

4. Les femmes d’origine non-UE sont plus vulnérables. Elles sont confrontées à une triple vulnérabilité. Elles ont une probabilité plus grande:

  • d’être au chômage
  • d’être sans revenu de remplacement (allocation de chômage) lorsqu’elles sont sans emploi
  • une fois à l’emploi, d’être confinées dans des métiers faiblement rémunérateurs, peu gratifiants, exigeants physiquement (horeca, soins, nettoyage)

Le sous-emploi est plus marqué  chez les jeunes femmes d’origine maghrébine et turque. Pourtant elles sont en moyenne plus diplômées que leurs homologues masculins. Cela peut s’expliquer par des freins à l’emploi. Le port du foulard notamment qui génère des discriminations spécifiques. Le fait qu’elles sont plus souvent à la tête d’une famille monoparentale pèse sur leurs chances de trouver un travail.

5. Il y a des liens forts entre habitat, origine et chômage. Deux corrélations importantes ressortent:

  • L’une entre les variables de territoire et d’origine : Les chercheurs d’emploi d’origine turque, maghrébine, subsaharienne et de l’UE de l’Est résident plus souvent dans le croissant pauvre de Bruxelles  que leurs homologues d’origine belge
  • L’autre entre le quartier de résidence et la probabilité d’accéder à l’emploi. L’intensité d’emploi des jeunes est systématiquement plus faible dans le croissant pauvre qu’ailleurs en Région bruxelloise

Les auteurs de l’étude émettent un certain nombre de pistes de recommandation:

  • Systématiser l’usage de la variable origine dans les statistiques du chômage et l’inscrire dans une perspective évolutive.
  • Développer une approche qualitative d’analyse des discriminations sur base ethnique et raciale.
  • Accroître la représentativité au sein des institutions publiques.
  • Accroître l’impact des outils existants de lutte contre les discriminations à l’emploi et de promotion de la diversité.
  • Renforcer les actions de lutte contre les discriminations et de promotion de la diversité mises en œuvre au niveau des accords-cadres sectoriels.
  • Renforcer le dispositif de contrôle en permettant de réaliser des testings de manière plus proactive.
  • Reconnaître les qualifications des personnes diplômées à l’étranger à travers la simplification et la gratuité de l’équivalence des diplômes d’une part et le recours plus fréquent à la validation des compétences d’autre part.
  • Au niveau interfédéral, élaborer un plan ambitieux et contraignant en matière de lutte contre le racisme et évaluer la stratégie d’intégration des Roms.

« A Bruxelles, les trois quarts de la population sont d’origine étrangère. Ce monitoring démontre que les inégalités à l’emploi sur base de l’origine présentent une dimension massive et structurelle, commente Grégor Chapelle, directeur général d’Actiris. Il est temps d’agir radicalement: les discriminations ralentissent notre économie et augmentent le mismatch. Actiris est prêt à relever ce défi: nos conseillers en diversité sont là pour accompagner gratuitement tous les employeurs dans leur évolution vers une entreprise aussi diverse que notre Région! »

Méthodologie

La définition de l’origine est identique à celle du Monitoring socio-économique produit par le SPF Emploi et Unia. Sont considérés comme d’origine étrangère ceux qui:
· avaient une nationalité étrangère à leur naissance
· avaient une nationalité étrangère au moment de l’étude
· ou ceux dont au moins un des parents a la nationalité étrangère.
Les analyses ont été effectuées sur des chercheurs d’emplois inscrits entre 2013 et 2016. Le but étant de pouvoir analyser leur parcours endéans les 3 ans.

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