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Un nombre croissant de dirigeants remerciés pour des raisons éthiques depuis 2012

Le nombre de dirigeants d’entreprise démis suite à des scandales ou à des affaires est en hausse depuis 2012. Les plus grosses capitalisations boursières sont les premières concernées, car ce sont celles qui concentrent le plus l’attention de l’opinion publique. Ce constat s’inscrit cependant dans une tendance baissière du taux de turnover mondial des dirigeants. En 2016, moins de 15% des grandes entreprises ont changé de dirigeants, contre 16,6% l’année précédente.

C’est ce que révèle la dernière étude « CEO Success » publiée par Strategy&, l'activité de conseil en stratégie de PwC. Cette étude, qui analyse les renouvellements de dirigeant dans les 2.500 plus grandes entreprises cotées en bourse à travers le monde depuis dix ans, rapporte que le nombre de départs faisant suite à des manquements à l’éthique a augmenté de 36% entre les périodes 2007-2011 et 2012-2016. Entre 2007 et 2011, seuls 3,9% des changements de dirigeants observés dans le monde étaient dus à des scandales ou à des comportements inappropriés d’un dirigeant (actes frauduleux, actes de corruption, délits d'initié, actions entraînant un désastre écologique, etc.). Or depuis 2012, ce chiffre atteint 5,3%, soit une hausse de 36%.

Cette tendance est encore plus marquée dans les entreprises américaines et canadiennes où le nombre de départs liés à des manquements à l’éthique a plus que doublé en 10 ans, passant de 1,6% de l'ensemble des successions enregistrées sur la période 2007-2011, à 3,3% entre 2012 et 2016. En Europe occidentale, la part des dirigeants remerciés pour cette raison est passée de 4,2% à 5,9%. Mais c’est dans les BRIC que les scandales et les affaires ont eu le plus d’impact ces dernières années: 8,8% des dirigeants d’entreprise ont été remerciés suite à des manquements à l’éthique au cours des 5 dernières années, contre seulement 3,6% entre 2007 et 2011. Ce sont donc, au global, les entreprises américaines et canadiennes qui affichent le taux de départ le plus bas pour ce motif, en raison d'une législation plus contraignante en la matière. En effet, aux États-Unis la législation obligeant les entreprises à se doter d'un code de conduite et de dispositions anti-corruption a été renforcée ces dernières années.

« Nos données ne nous permettent pas d’affirmer — et aucune donnée ne le pourrait — si les grandes entreprises sont aujourd'hui le théâtre de davantage d'actes répréhensibles que par le passé, commente Pierre Péladeau, associé Strategy&, l’activité de conseil en stratégie de PwC. Ce qui est certain en revanche, c’est qu’au cours des quinze dernières années, cinq facteurs ont émergé et ont poussé conseils d'administration, investisseurs, pouvoirs publics, clients et médias à exiger une plus grande responsabilisation des dirigeants face aux manquements à l’éthique. Il s’agit de la méfiance de l’opinion publique suite à la crise financière de 2007-2008; du renforcement de la réglementation; de l’augmentation des risques éthiques sur les marchés émergents où opèrent désormais les entreprises; mais aussi de l’arrivée massive des moyens de communication numérique et enfin de l’accélération de l’information qui nous parvient aujourd’hui en continu 24h/24. »

Les très grandes entreprises dans le viseur?

L'étude de Strategy& révèle également que dans les très grandes entreprises (celles du premier quartile par capitalisation boursière) des États-Unis, du Canada et d'Europe occidentale, la part de dirigeants démis de leurs fonctions est bien supérieure à celle des entreprises des autres quartiles: elle s’établit à 7,8%, contre une moyenne de 3% pour les autres entreprises sur la période 2012-2016. « Les très grandes entreprises sont directement concernées par tous les facteurs qui renforcent l’attention du public portée aux entreprises, elles sont notamment surveillées plus étroitement par l’opinion publique et les pouvoirs publics. Aussi, les actes de manquements à l’éthique de leurs dirigeants sont plus facilement détectables et plus rapidement dénoncés », indique-t-il.

Par ailleurs, l’étude souligne que les dirigeants démis de leurs fonctions suite à un scandale ou à une affaire, ont souvent des mandats plus longs (6 ans et demi en moyenne) que leurs homologues remplacés pour d’autres raisons (moins de 5 ans). Selon les experts de PwC, cela peut s’expliquer par une attention moindre portée par l’opinion publique envers les entreprises réalisant de bonnes performances financières qu’envers celles en difficulté. Or, un dirigeant qui réalise de bons résultats a tendance à se maintenir plus longtemps en fonction. « À long terme, l'augmentation du nombre de dirigeants remerciés suite à des scandales ou à des affaires peut avoir un effet positif sur l'opinion publique qui sera assurée que les comportements inappropriés soient repérés et sanctionnés. En outre, aujourd’hui les dirigeants doivent davantage donner l'exemple, tant sur le plan personnel que professionnel. L’opinion publique attend d’eux qu’ils mettent en place et appliquent une véritable culture de l'intégrité. »

Turnover en baisse après un niveau record en 2015

14,9% des 2 500 plus grandes entreprises du monde ont changé de dirigeant au cours de l’année 2016. Ce taux est en baisse après le niveau record de 16,6% atteint en 2015, notamment en raison de la diminution du nombre de fusions-acquisitions réalisées. Ces successions ont été largement planifiées, puisque si l’on ne tient pas compte des successions dues aux M&A, quatre successions sur cinq (81%) ont été planifiées. Le Brésil, la Russie et l'Inde ont enregistré le taux le plus élevé (17,2%), suivis du Japon (15,5%), de l'Europe occidentale (15,3%) et de la Chine (15,2%). Le turnover des dirigeants est donc en baisse dans l'ensemble des régions étudiées, à l'exception des États-Unis et du Canada. Les services publics ont été le secteur le plus dynamique cette année : une entreprise sur cinq (20,8%) de ce secteur a connu un changement de dirigeants en 2016. L’industrie et l’énergie ont aussi connu de forts taux de turnover, à respectivement 16,4% et 16,1%. On notera que pour la première année en cinq ans, le secteur des télécommunications n’arrive pas en tête de ce classement.

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