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Pourquoi il faudrait agir rapidement face à l'évolution du monde du travail

Les gouvernements doivent repenser leur approche du travail et des emplois afin de réduire les tensions sociales et économiques, souligne l’édition 2019 des Perspectives de l’Emploi de l'OCDE. Si l'on n'agit pas rapidement, disent les auteurs, de nombreux individus, notamment les moins qualifiés, resteront en retrait d'un monde du travail en pleine mutation.

L'édition 2019 des Perspectives de l'emploi s'inscrit dans l'initiative L'avenir du travail et la campagne I am the future of work de l'OCDE, qui visent à rendre l'avenir du travail meilleur pour tous en contribuant à transformer les systèmes d'apprentissage et de protection sociale et à réduire les inégalités entre les individus et dans l'ensemble des régions.

« Les perspectives de l’emploi de l’OCDE n’envisagent pas un avenir sans emploi. Elles prévoient néanmoins des défis considérables pour l’avenir du travail », pointe Angel Gurría, secrétaire général de l'OCDE, à l'occasion de la présentation du rapport à Berlin en présence de M. Hubertus Heil, ministre fédéral allemand du Travail et des Affaires sociales, avant d'ajouter: « Avec des politiques efficaces, nous pouvons relever ces défis. Nous sommes confrontés à d’importantes transformations mais nous avons l’occasion et la détermination d’en profiter pour mettre en place un avenir du travail qui profite à tous. »

La zone OCDE a retrouvé les emplois qu'elle avait perdus pendant la crise et le taux d'emploi y est aujourd'hui supérieur de deux points de pourcentage à ce qu'il était avant la crise, mais le ralentissement prévu de l'économie mondiale assombrit les perspectives d'emploi à court terme, tandis que le marché de l'emploi poursuit sa polarisation. Pour aider les travailleurs, les entreprises et les pays à s'adapter à l'évolution du monde du travail, l'OCDE propose dans ces Perspectives un programme de transition vers un monde du travail qui profite à tous.

La hausse du taux d'emploi dans la plupart des pays de l'OCDE s'explique par une augmentation importante du taux d'emploi des femmes et du pourcentage de travailleurs âgés qui continuent d'occuper leur emploi. De plus, cette hausse reflète en grande partie l’accroissement des emplois hautement qualifiés, dont la part a progressé de 25% en l'espace de vingt ans dans la zone OCDE. La qualité des emplois s'est également améliorée, la part des emplois hautement qualifiés ayant progressé de 25% en l'espace de vingt ans dans la zone OCDE.

Défis à relever

Cependant, dans de nombreux pays, une part croissante des jeunes non diplômés du supérieur ne travaillent pas ou, s'ils travaillent, sont sous-employés ou mal rémunérés. Certains pays enregistrent une hausse du nombre d'hommes inactifs ou sous-employés, bien que la situation des femmes au regard de l'emploi reste plus défavorable en moyenne. La transformation numérique, la mondialisation et l'évolution démographique sont déjà en train de redéfinir le monde du travail. À terme, 14% des emplois existants pourraient disparaître au cours des 15 à 20 prochaines années en raison de l'automatisation, et encore 32% devraient changer radicalement.

Si les contrats permanents et à temps plein devraient continuer d'être la norme pour nombre, si ce n'est la plupart, des emplois futurs, on observe depuis quelques années dans certains pays une nouvelle hausse des emplois atypiques, comme le travail indépendant et les contrats temporaires. L'emploi à temps partiel a progressé dans quasiment tous les pays de l'OCDE au cours des dernières décennies, mais la part des personnes employées à temps partiel qui préféreraient travailler à temps plein a également augmenté dans les deux tiers des pays membres pour lesquels on dispose de données.

Le programme recommande aux pays de se concentrer sur quatre axes: la protection du travail, la protection sociale, l'apprentissage et le dialogue social. Il met en avant l'importance d'une législation adéquate sur la protection des travailleurs, quelle que soit leur situation professionnelle. Les gouvernements devraient lutter contre le travail indépendant déguisé, que les employeurs utilisent parfois pour éviter de se soumettre à l'impôt et à la réglementation, limiter autant que possible la « zone grise » entre le travail salarié et le travail indépendant, et étendre les droits applicables aux travailleurs qui se trouvent dans cette situation.

Il est essentiel d'adapter et d'étendre la protection sociale pour mieux protéger les travailleurs atypiques, selon le rapport. Dans certains pays, la probabilité que les travailleurs atypiques ne perçoivent aucune aide au revenu lorsqu'ils sont en recherche d'emploi augmente de 40 à 50% par rapport aux salariés typiques. Les droits à prestations devraient pouvoir être transférables d'un emploi à l'autre et les mesures de protection sociale ciblées devraient être complétées par des aides plus universelles et non assorties de conditions particulières.

Déclin de la syndicalisation

Dans tous les pays de l'OCDE, ce sont les individus qui en auraient le plus besoin qui suivent le moins de formations, notamment les adultes peu qualifiés, âgés et les travailleurs atypiques. Une véritable refonte des programmes de formation des adultes est nécessaire pour élargir leur couverture et favoriser la qualité, afin de tirer pleinement parti des avantages de l'évolution du marché du travail. Parmi les mesures nécessaires, il faudrait notamment lever les contraintes de temps et les contraintes financières à la participation aux programmes de formation, rendre les droits à formation transférables et proposer des services d'information et d'orientation de qualité.

Le rapport constate, depuis trente ans, le déclin constant du taux de syndicalisation dans les pays de l'OCDE, lequel est passé de 30% en 1985 à 16% en 2016. Ce recul fragilise le pouvoir de négociation des travailleurs et contribue à faire diminuer la part du revenu national qui leur revient. La syndicalisation est encore plus faible chez les travailleurs atypiques, qui sont moitié moins susceptibles que les travailleurs typiques de se syndiquer. L'accès aux négociations collectives et le dialogue social devraient être étendus au-delà de l'emploi typique.

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