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L’éthique des entreprises belges pose-t-elle problème?

Les collaborateurs l’affirment: la corruption et la présentation trompeuse de résultats financiers ne sont que quelques exemples des pratiques douteuses qu’ils observent dans les entreprises belges. Les constats relevés dans cette enquête devraient faire l’effet d’un signal d’alarme: en poursuivant dans cette voie, les entreprises et les administrateurs belges pourraient se voir infliger de lourdes condamnations dans les années à venir.

C’est la conclusion d’un sondage mené au printemps par EY auprès d’administrateurs, de dirigeants et de salariés d’entreprises belges. Interrogés sur l’éthique de la gestion de leur entreprise, les salariés belges font preuve d’une certaine méfiance. D’après cette enquête, 34% des répondants sont convaincus que la corruption est une pratique répandue en Belgique. Ce résultat contraste fortement avec celui de l’an dernier, sachant que seulement 6% des répondants étaient alors de cet avis. Le nouveau chiffre correspond à la perception des répondants en Europe de l’Ouest.

Une même proportion est convaincue que les résultats d’exploitation sont parfois présentés comme plus favorables qu’ils ne le sont en réalité. 40% estiment que certaines formes de corruption, comme les cadeaux personnels ou les invitations, peuvent être justifiées s’ils peuvent aider une entreprise à survivre. Sur ce point, les salariés de notre pays se montrent plus indulgents que leurs homologues d’Europe de l’Ouest (27%). La Belgique s’en sort aussi mal que les pays en développement, où la corruption va de pair avec une croissance économique rapide.

« Lorsqu’il est question de corruption, on pense d’abord spontanément aux pots-de-vin versés à des fonctionnaires, par exemple, dans le cadre de marchés publics, observe Peter Leyman, expert en fraude chez EY Belgique et administrateur de l’Institut des auditeurs de fraude. Mais l’éthique concerne également les cadeaux personnels, les invitations ou la manipulation de résultats financiers. Les chiffres prouvent que la Belgique doit encore effectuer un sérieux rattrapage en termes de connaissances et de sensibilisation. La corruption des clients et des fournisseurs au sein du secteur privé doit aussi faire partie des grandes priorités. »

Quid du contrôle des divisions étrangères?

Les salariés belges sont également sceptiques à l’égard de l’éthique des divisions étrangères de leurs entreprises. Ils sont même convaincus que dans trois quarts des cas, la société mère belge n’a jamais connaissance des manquements à l’éthique. « Parallèlement au renforcement de la réglementation internationale sur la corruption, cela représente un grand risque pour les entreprises et les chefs d’entreprise belges, qu’il s’agisse de réputation ou de répercussions financières et pénales, explique-t-il. Des lois telles que le Foreign Corrupt Practices Act, aux États-Unis, et le Bribery Act, au Royaume-Uni, sont conçues pour permettre la prise de sanctions sur le territoire national dans la plupart des cas. »

Par rapport à leurs homologues des autres pays, les répondants belges sont moins nombreux à déclarer que leurs entreprises disposent d’un code de déontologie et d’instructions internes en matière de lutte contre la corruption. Ils ont plutôt tendance à penser que ce type de documents risquerait d’entraver la bonne marche des affaires. Dans le même ordre d’idées, il semble que les entreprises belges consacrent également moins d’attention au contrôle de leurs partenaires commerciaux.

« Ces constatations devraient faire l’effet d’un signal d’alarme pour les entreprises belges et leurs administrateurs, souligne Peter Leyman. En poursuivant dans cette voie, les entreprises et les administrateurs belges pourraient se voir infliger de lourdes condamnations dans les années à venir. Contrairement à ce que l’on croit souvent, quelques mesures simples peuvent suffire à réaliser des progrès importants, à savoir notamment la rédaction de codes de déontologie, l’information des salariés sur les comportements opportuns et la mise en place d’une analyse des risques annuelle. Le data mining, par exemple, permet de cerner rapidement et sans difficulté les risques liés aux partenaires commerciaux d’une entreprise et de ses divisions à l’étranger. Les entreprises peuvent ainsi éviter des amendes colossales et enregistrer une croissance durable. Et les administrateurs peuvent atteindre immédiatement un certain nombre d’objectifs définis par le Code belge de gouvernance d’entreprise. »

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