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Les jeunes syndiqués font l’objet d’une discrimination à l’embauche

Un jeune mentionnant son affiliation à un syndicat dans son CV doit envoyer 30% de candidatures en plus s'il souhaite recevoir le même nombre d'invitations qu'un candidat qui ne révèle pas son appartenance syndicale.

Stijn Baert et Eddy Omey, deux chercheurs de l’Université de Gand, ont mené une étude visant à étayer l’inégalité de traitement à l'embauche sur le marché du travail des jeunes en Flandre selon que la personne est syndiquée ou non. Pour tenter de mesurer cette discrimination à l'embauche sur base de l'appartenance syndicale, les chercheurs ont élaboré une expérience de terrain: le test de correspondance, qui consiste à envoyer des candidatures fictives à des offres d'emploi réelles. Entre octobre 2013 et mars 2014, ils ont ainsi récolté 560 offres d'emploi publiées en Flandre. Les offres d'emploi sélectionnées étaient destinées spécifiquement à des personnes qui débutent leur carrière professionnelle. Pour chacune de ces offres d'emploi, les chercheurs ont envoyé deux candidatures fictives. Celles-ci étaient en tout point identiques, sauf en ce qui concerne la rubrique « Divers » du CV qui, alternativement, mentionnaient l'appartenance à l'aile jeunesse d'un syndicat ou ne la mentionnaient pas (mais mentionnaient l'adhésion à une association théâtrale). Ils ont ensuite comparé le pourcentage d'invitation à un entretien d'embauche entre les deux types de candidatures.

Sur base de cette méthode expérimentale, les chercheurs ont également par le passé étudié la discrimination à l'embauche en Flandre à l'égard des minorités ethniques et sexuelles ainsi qu'à l'égard des personnes handicapées. Le protocole de recherche et les résultats de l'étude sur la discrimination ethnique ont été décrits dans le numéro 104 de Regards économiques, "Jonas plutôt que Okan? Discrimination ethnique à l'égard des jeunes diplômés en Flandre".

Publiés dans la dernière livraison de Regards Economiques, la revue des économistes de l'Université catholique de Louvain (UCL) éditée par l'Institut de Recherches Économiques et Sociales (IRES), les résultats principaux de l’étude sont les suivants:

1. La discrimination à l'égard des jeunes syndiqués a été mesurée au moyen du "ratio de réponse positive". Ce ratio rapporte le pourcentage des candidatures qui ont reçu une invitation à un entretien d'embauche parmi les CV mentionnant une appartenance syndicale (14,3%) au pourcentage d'invitations parmi les CV qui ne mentionnent pas une telle appartenance (18,6%). Le ratio ainsi calculé est de 1,30. Cela signifie qu'un jeune mentionnant son affiliation à un syndicat dans son CV doit envoyer 30 % de candidatures en plus s'il souhaite recevoir le même nombre d'invitations qu'un candidat qui ne révèle pas son appartenance syndicale. En guise de comparaison, ce ratio de réponse positive est inférieur à ceux qui ont été calculés pour mesurer la discrimination liée à l'appartenance ethnique (1,44) et au handicap (1,98) à l'égard des jeunes demandeurs d'emploi en Flandre. D'autre part, le ratio de 1,30 est supérieur à celui obtenu pour rendre compte de la discrimination à l'égard des femmes lesbiennes en Flandre.

2. Les chercheurs ont également vérifié dans quelle mesure la discrimination à l'embauche fondée sur l'appartenance syndicale varie selon le taux de syndicalisation du secteur concerné. Ils ont trouvé que l'inégalité de traitement par rapport aux candidatures mentionnant une appartenance syndicale est plus élevée dans les secteurs à fort taux de syndicalisation. Des conflits chroniques avec les syndicats dans ces secteurs peuvent amener les employeurs à empêcher, dans la mesure du possible, le renforcement de la présence syndicale dans leurs entreprises. En outre, les employeurs de ces secteurs ont peut-être le sentiment que les chances de détecter une inégalité de traitement sur cette base sont assez faibles.

3. La taille de l'entreprise ne semble pas affecter le niveau de discrimination.

4. Enfin, le pourcentage des candidatures qui ont reçu une invitation à un entretien d'embauche ne varie pas sensiblement selon l'orientation politique du syndicat. Toutefois, ce résultat n'est pas confirmé lorsqu'on analyse le pourcentage des candidatures qui ont reçu "n'importe quelle réponse positive". En plus d'une invitation à un entretien, une réponse positive peut être par exemple la proposition d'un autre emploi ou la demande d'informations supplémentaires. On relève un pourcentage de réponses positives beaucoup plus faible pour les jeunes candidats qui révèlent leur affiliation au syndicat socialiste par rapport à ceux qui indiquent leur appartenance au syndicat démocrate chrétien ou libéral.

Ces résultats ont des implications intéressantes à la fois au niveau individuel et au niveau de la société, estiment les chercheurs. « Au niveau individuel, révéler son appartenance syndicale durant le processus de recrutement ne semble pas une bonne idée! Au niveau de la société, nos résultats vont dans le sens d'un traitement inégal basé sur une caractéristique – l'appartenance syndicale- qui n'est pas liée à la productivité du travailleur. Pourtant, l'affiliation à un syndicat ne fait pas partie de la liste des motifs pour lesquels un traitement inégal sur le marché du travail est illégal dans la loi belge contre la discrimination de 2007. La révision de cette loi devrait tenir compte des résultats de notre étude. »

 

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