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Les cancers liés au travail coûtent entre 270 et 610 milliards par an dans l'UE

C’est l’estimation relevée dans un livre récemment publié par l'Institut syndical européen (ETUI), ‘Cancer and work - Understanding occupational cancers and taking action to eliminate them’. Les cancers professionnels sont la première cause de décès liés au travail dans les sociétés industrialisées et, chaque année, plus de 100.000 personnes perdent la vie en étant exposées à des agents cancérigènes sur leur lieu de travail.

Selon les dernières estimations, la part des cancers liés au travail représente 8% de tous les nouveaux cas de cancer (6 à 12% pour les hommes et 3 à 7% pour les femmes). L’ouvrage a été présenté à l'occasion de la conférence de l'ETUI ‘Femmes, travail et cancer’. « Ces cancers sont moralement inacceptables, car ils auraient facilement pu être évités par des mesures de prévention adéquates », déclare Laurent Vogel, chercheur senior à l'ETUI et codirecteur du livre.

Ils sont aussi injustes, souligne Tony Musu, chercheur senior à l'ETUI et autre codirecteur de l'ouvrage. « L’exposition aux agents cancérigènes au travail est à l'origine de grandes inégalités sociales en matière de santé en Europe mais aussi dans le reste du monde. Les ouvriers ou le personnel infirmier sont beaucoup plus susceptibles de contracter un cancer professionnel que les ingénieurs ou les banquiers. En effet, une cartographie socioprofessionnelle peut être tracée pour les différents types de cancer, mettant en évidence ces inégalités sociales. »

Le lien entre cancer et conditions de travail est largement reconnu et décrit dans la littérature scientifique depuis plus de deux siècles. Il a été constaté que plusieurs centaines de carcinogènes sont présents sur les lieux de travail. Les niveaux d'exposition à ces agents cancérigènes sont une source importante d'inégalités sociales en matière de santé, d'autant plus que le risque pour une personne de se voir diagnostiquer un cancer professionnel varie considérablement selon le poste qu'elle occupe dans l'échelle sociale. Le risque pour un agent d’entretien ou un travailleur du bâtiment est bien plus important que pour les cadres de son entreprise par exemple.

Si l’on compare les budgets de recherche alloués à l'étude, respectivement, des facteurs génétiques et des facteurs professionnels à l'origine du cancer, on peut constater que le premier dispose de ressources considérables alors que le second doit se contenter de « peanuts », indiquent les chercheurs. Dans un article publié en 2018, Aaron Blair et Lin Fritschi soulignent que, dans les quinze principales revues scientifiques consacrées au cancer, le nombre d'articles relatifs aux cancers professionnels « a diminué de façon spectaculaire, passant d'environ 80 à 90 par an de 1991 à 2003, à environ 30 en 2009. »

La publication de l'ouvrage Cancer and work - Understanding occupational cancers and taking action to eliminate them intervient à un moment particulièrement important, puisque le processus de révision de l'acquis communautaire en matière de prévention des cancers liés au travail a été relancé en mai 2016 après une longue période de paralysie. Il ne prétend pas être une analyse exhaustive de l'ensemble des facteurs évoqués, mais examine plutôt la situation actuelle, les exemples pratiques d'actions préventives, les évolutions législatives et la visibilité des cancers professionnels, notamment dans le cadre des systèmes de compensation des maladies professionnelles. Son objectif est d'alimenter davantage le débat en cours et de promouvoir la discussion d'une stratégie ambitieuse visant à éliminer les cancers liés au travail.

Source: ETUI

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