< Retour au sommaire

L’entreprise en danger de cloisonnement et de déshumanisation?

Le climat social se dégrade dans les entreprises françaises, mais l’ambiance de travail reste positive dans la 'première sphère' professionnelle, révèle le dernier Baromètre Climat social et qualité de vie au travail publié par Cegos. Tout au long de celui-ci, on perçoit ce contraste entre la perception plutôt positive qu’ont les salariés et les managers de leur travail quotidien, et une vision beaucoup plus nuancée de la marche de leur entreprise et du monde du travail.

Pour cette 17e édition du baromètre, 1.204 personnes (750 salariés, 307 managers et 147 Directeurs ou Responsables des Ressources Humaines d’entreprises du secteur privé de plus de 100 salariés) ont été interrogées au cours des mois de juillet et août. Celui-ci reflète sous de nombreux aspects la complexité ambiante entourant le monde du travail. Les mutations à l’œuvre (et en premier lieu l’impact de la digitalisation) paraissent globalement acceptées par les salariés et les managers. Mais l’ampleur et la rapidité de ces changements font planer des risques sérieux en matière de santé au travail.

Motivation et implication à l’épreuve du climat social

42% des salariés et 50% des managers ont constaté, depuis un an, une dégradation du climat social dans leur entreprise, contre 34% des Directeurs et Responsables des Ressources Humaines (DRH- RRH). Pourtant, en dépit de cette dégradation générale ressentie, l’ambiance de travail semble au beau fixe, notamment dans la « première sphère » professionnelle: - 76 % des salariés estiment que le climat social au sein de leurs équipes et auprès de leurs collègues est satisfaisant; - 69 % sont satisfaits de leur environnement de travail (bureau, bruit, agencement, conditions de travail...); - 67 % sont satisfaits des relations humaines au sein de l’entreprise. Ce « micro-climat » positif explique pour partie que la fierté d’appartenance à l’entreprise s’affiche à des niveaux élevés: 74% côté salariés, 90% côté managers.

« Tout au long de l’enquête, on perçoit nettement ce contraste entre la perception plutôt positive qu’ont les salariés et les managers de leur travail quotidien, et une vision beaucoup plus nuancée de la marche de leur entreprise et du monde du travail, commente Catherine Lainé, Consultante Senior, spécialiste des enjeux RH chez Cegos. Par exemple, 72% des salariés trouvent leurs activités variées et intéressantes; 69% trouvent leurs objectifs et priorités clairement définis. Mais 4 sur 10 n’adhèrent pas aux grandes orientations stratégiques de leur entreprise. C’est une manière de dire: ‘mon travail me plaît mais j’ai parfois du mal à comprendre tout ce qui l’entoure’. C’est le sentiment d’une entreprise cloisonnée et parfois déshumanisée qui prédomine. »

De fait, sur une échelle de 1 à 10, 74% des salariés positionnent leur niveau d’implication et d’investissement dans leur travail au quotidien à 7 et + (vs. 93% pour les managers). Cette conscience professionnelle peut paraître d’autant plus remarquable que le climat socio-économique ambiant demeure très incertain. Une donnée supplémentaire vient en partie expliquer ce constat: « le simple fait d’avoir un travail et de ne pas être au chômage » constitue le premier levier de motivation au travail pour les salariés (44%), au même niveau que « l’intérêt et la variété du poste »... Autre enseignement positif de ce Climat social 2015, 6 salariés sur 10 et 8 managers sur 10 perçoivent le travail d’abord comme une source d’épanouissement personnel avant d’être une source de contraintes. Plus on monte dans la hiérarchie, plus le sentiment d’épanouissement au travail est élevé.

Risques psycho-sociaux : le syndrome de la cocotte-minute?

Si l’on en croit des salariés et managers qui apprécient leur travail et restent très impliqués, et ce même dans un climat social dégradé, la situation pourrait presque sembler idyllique... Mais ces constats sont en trompe-l’œil si l’on observe plus en détail l’évolution des risques psycho-sociaux. Le stress continue d’être omniprésent au travail: 61% des personnes interrogées (56% des salariés, 73% des managers) affirment subir un stress régulier dans leur travail. Le phénomène est connu des DRH-RRH : près de 7 sur 10 pensent que les salariés de leur entreprise subissent un stress régulier. Plus alarmant, 78% (83% des salariés et 66% des managers) estiment que ce stress a un impact négatif sur leur santé. Sans surprise, c’est la charge de travail qui reste perçue comme la principale source de stress pour 61% des salariés, 65% des managers et 68% des DRH-RRH.

Autre point d’alerte sérieux pour les Directions des Ressources Humaines : un quart de la population interrogée déclare avoir subi au cours de sa carrière un problème psychologique grave, de type dépression ou burn-out. Une même proportion dit avoir déjà été victime de harcèlement moral. Face à cette montée préoccupante des Risques Psycho-Sociaux, 60% des DRH-RRH déclarent avoir déjà mis en œuvre des actions de prévention des Risques Psycho-Sociaux, et 50% des actions d’amélioration de la qualité de vie au travail. Pour autant, 16 % d’entre eux seulement ont déjà signé un accord d’entreprise sur la question. Les actions visant à renforcer la communication, la coopération et à donner des perspectives d’évolution sont en tête des actions mises en place. La notion de droit à la déconnexion gagne du terrain.

Sur le même sujet

Soyez le premier à réagir à cet article

Pour pouvoir réagir, vous devez vous connecter
< Retour au sommaire

Vous cherchez, vous trouvez!

HR Square | Revue, Infolettre, Réseau, Site web, Séminaires,...

Devenez membre maintenant!
Bénéficiez des avantages