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L’emploi en Europe devrait connaître une légère amélioration

Le dernier projet de rapport conjoint sur l’emploi, qui accompagne l’examen annuel de la croissance 2015, vient d’être présenté. Il analyse les évolutions et défis sur le marché du travail et dans le domaine social et présente les mesures prises par les États membres pour améliorer les résultats en matière sociale et d’emploi.

Ce rapport contient également la deuxième édition du tableau de bord d’indicateurs clés en matière d’emploi et de situation sociale qui a été créé en vue de renforcer la dimension sociale de l’Union économique et monétaire grâce à une meilleure compréhension des évolutions à risque sur le marché de l’emploi et dans le domaine social. Il sert de base à une analyse, à une surveillance et à une coordination plus approfondies pendant tout le cycle du semestre européen. Le projet de rapport conjoint sur l’emploi sera approuvé par le Conseil des ministres de l’emploi et des affaires sociales de l’UE, puis présenté au Conseil européen en vue d’alimenter le semestre européen et la surveillance.

Dernières évolutions et nouveaux défis 

Le chômage diminue lentement mais reste à des niveaux élevés dans l’UE-28 (24,6 millions de chômeurs en septembre 2014, soit un taux de 10,1%). L’évolution du chômage dans l’UE varie encore fortement, mais les écarts ont cessé de se creuser. Le chômage de longue durée continue à progresser. Entre 2010 et 2013, le taux de chômage de longue durée est passé de 3,9% à 5,1% dans l’UE-28. Le chômage des jeunes reste très élevé (21,6% dans l’UE-28 en septembre), mais montre des signes d’amélioration, tandis que la proportion de jeunes (de 15 à 24 ans) qui ne travaillent pas et ne suivent pas d’études ou de formation (désignés par l’acronyme « NEET ») demeure forte. Le nombre de jeunes quittant prématurément le système éducatif diminue graduellement, ce qui permet de progresser vers l’objectif de moins de 10% d’abandons scolaires d’ici à 2020. De même, l’Europe réalise des progrès certains vers l’objectif d’un taux de diplômés de l’enseignement supérieur, ou équivalent, d’au moins 40% à l’horizon 2020.

Alors que les taux d’activité ont bien résisté à la crise dans la plupart des États membres, le taux d’emploi de l’UE reste orienté à la baisse. L’évolution des taux d’emploi et de chômage n’est pas uniforme entre les sexes, les groupes d’âge, les niveaux d’éducation, les secteurs et les types de contrats. L’emploi devrait connaître une légère amélioration, principalement en raison des hausses prévues du PIB, mais une nette inversion de tendance serait nécessaire pour atteindre le grand objectif de 75% pour les hommes et les femmes de 20 à 64 ans énoncé dans la stratégie « Europe 2020 ». Les petites et moyennes entreprises sont généralement considérées comme le moteur de la croissance de l’emploi. Toutefois, le manque de dynamisme des PME en matière d’emploi depuis 2010 montre que des solutions appropriées, notamment pour les problèmes du secteur financier, pourraient avoir des effets importants sur l’emploi.

Le marché du travail reste très segmenté dans plusieurs États membres. Dans le contexte d’une mobilité limitée de la main-d’œuvre à l’intérieur de l’UE, l’adéquation de l’offre et de la demande sur le marché du travail s’est détériorée dans plusieurs États membres, comme en atteste le nombre de vacances d’emploi qui est resté relativement stable, en moyenne, au cours des dernières années. Pour y remédier, l’offre de compétences répondant aux besoins du marché du travail doit être encore améliorée, puisque le potentiel de croissance de l’Europe est menacé par des faiblesses structurelles dans la base de compétences de sa main-d’œuvre.

L’évolution des salaires commence à s’orienter vers un alignement sur la productivité, ce qui contribuera au rééquilibrage macroéconomique en Europe. La diminution des coûts salariaux unitaires et la modération salariale ne se sont traduites que de manière lente et incomplète par une réduction des prix. Le coin fiscal demeure élevé dans de nombreux États membres. La lutte contre le travail non déclaré reste un défi dans certains États membres.

L’évolution du revenu disponible brut des ménages en termes réels se caractérise à la fois par des écarts importants et par des divergences croissantes entre États membres. Les niveaux d’inégalité ont augmenté dans de nombreux États membres. Le taux de risque de pauvreté et d’exclusion sociale a connu une forte augmentation, qui s’est accompagnée d’un creusement des écarts entre les États membres. L’évolution des niveaux de pauvreté varie considérablement entre les cohortes d’âge. Les enfants sont confrontés à un risque croissant de pauvreté ou d’exclusion sociale depuis 2008, car la situation de leurs parents (dont la plupart sont en âge de travailler) s’est dégradée. Dans certains États membres, les personnes en situation de vulnérabilité et à faible revenu ont continué à rencontrer des difficultés dans l’accès aux soins de santé.

Quelles réformes ont été mises en œuvre?

Plusieurs États membres ont engagé des réformes, conformément aux recommandations spécifiques par pays formulées dans le cadre du semestre européen 2014. Les premiers effets positifs transparaissent, par exemple, dans une hausse des taux d’activité. Toutefois, des mesures spécifiques doivent être mises en œuvre pour renforcer l’intégration des chômeurs de longue durée dans le marché du travail et réduire la segmentation. Les régimes d’allocation de chômage devraient être davantage liés à des mesures d’activation et les États membres devraient poursuivre – et dans certains cas renforcer – les initiatives visant à résoudre le problème de la segmentation des marchés du travail en simplifiant leur législation du travail.

Certaines réformes des systèmes fiscaux ont été engagées pour réduire les facteurs qui peuvent dissuader d’accepter un emploi et, en même temps, diminuer la fiscalité du travail pour permettre aux entreprises d’embaucher (ou de réembaucher) des jeunes et des chômeurs de longue durée. Plusieurs États membres se sont penchés sur les mécanismes de fixation des salaires, afin de favoriser l’alignement de l’évolution des salaires sur la productivité et de soutenir le revenu disponible des ménages, en mettant particulièrement l’accent sur les salaires minimaux. Quelques États membres ont étudié les possibilités de création d’emplois liées à des incitations à l’embauche (temporaire), ainsi qu’à des subventions salariales ou des allégements de charges sociales pour les nouvelles embauches.

Les États membres ont progressé dans la mise en œuvre des garanties pour la jeunesse. Des efforts supplémentaires sont nécessaires, notamment en ce qui concerne les services publics de l’emploi, les interventions actives et ciblées sur le marché du travail ainsi que l’enseignement et la formation professionnels. Les États membres devraient créer un environnement favorable permettant aux entreprises de proposer des contrats d’apprentissage, de manière à faciliter la transition de l’éducation à l’emploi.

Certains États membres ont élaboré des mesures visant à améliorer l’offre de compétences et à promouvoir la formation des adultes. Un certain nombre de pays ont pris des initiatives en vue d’améliorer leur système d’enseignement primaire, secondaire et supérieur, tandis que d’autres se sont penchés sur la stratégie globale en matière d’éducation. Cependant, les États membres doivent continuer à réformer leurs systèmes d’enseignement et de formation professionnels pour renforcer la productivité des travailleurs face à l’évolution rapide des exigences en matière de compétences.

Des réformes des systèmes de protection sociale ont été mises en place pour « activer » efficacement les personnes qui sont en mesure d’accéder au marché du travail, pour prendre en charge celles qui en sont exclues et protéger les individus contre les risques survenant tout au long de la vie. Les États membres redoublent d’efforts pour mieux cibler les personnes les plus exposées au risque de pauvreté. Plusieurs États membres ont renforcé leurs politiques sociales de protection du bien-être des enfants et des personnes âgées ou ont relevé le niveau de certaines prestations, tandis que d’autres ont pris des mesures spécifiques de lutte contre la pauvreté infantile. L’âge de la retraite est en train d’être relevé et les différences entre hommes et femmes en la matière sont en cours de réduction. Certains États membres incitent les travailleurs à prolonger leur vie active et à améliorer leurs droits à pension en différant leur départ à la retraite. En outre, des États membres réexaminent leurs dépenses de santé, dont ils cherchent à améliorer le rapport qualité-prix et l’efficacité, tout en mettant en place des outils plus performants de maîtrise des coûts.

Nouveau tableau de bord d’indicateurs

Dans sa communication d’octobre 2013 sur le renforcement de la dimension sociale de l'Union économique et monétaire (UEM), la Commission a annoncé la création d’un nouveau tableau de bord afin de suivre les évolutions importantes de l’emploi et de la situation sociale qui influent sur le bon fonctionnement de l’UEM. Le tableau de bord a été utilisé pour la première fois dans le cadre du semestre européen 2014 et sera appliqué comme outil d’analyse pendant tout le cycle du semestre européen 2015. Il met l’accent sur les grandes tendances susceptibles de porter atteinte à l’emploi, à la cohésion sociale ou au capital humain, et, partant, de menacer la compétitivité et la pérennité de la croissance, ce qui ferait peser un risque sur la stabilité et sur le bon fonctionnement de l’UE et de l’UEM. Il a donc pour finalité de mieux appréhender les évolutions dans le domaine social et d’alimenter les discussions au niveau institutionnel. Il sert d’outil d’analyse et permet de détecter plus tôt et plus précisément les problèmes graves en matière sociale et d’emploi, ce qui permet donc d’agir rapidement.

Le tableau de bord comporte un certain nombre d’indicateurs clés révélant les tendances sur le marché du travail et dans le domaine social qui pourraient nuire sérieusement à l’emploi, à la cohésion sociale et au capital humain. Cinq indicateurs principaux y figurent:

- le niveau du chômage;
- le taux de chômage des jeunes et le taux de jeunes ne travaillant pas et ne suivant ni études ni formation;
- le revenu disponible des ménages;
- le taux de risque de pauvreté;
- les inégalités de revenu (ratio S80/S20).

Le tableau de bord couvre tous les États membres de l’UE et permet donc des comparaisons avec la moyenne de l’UE. Les écarts statistiques par rapport à la moyenne de la zone euro méritent également une attention particulière, car la convergence des résultats socioéconomiques est primordiale pour le bon fonctionnement d’une union monétaire fondée sur une politique monétaire unique. C’est la raison pour laquelle deux tableaux en annexe présentent la situation des États membres par rapport aux moyennes respectivement de l’UE et de la zone euro.

Les résultats du tableau de bord font apparaître des divergences socioéconomiques persistantes, même si elles ne sont pas aussi marquées que l’année précédente. Des différences restent visibles au niveau des taux de chômage (en général et chez les jeunes) et de la proportion de jeunes qui ne travaillent pas et ne suivent ni études ni formation; en outre, la baisse des revenus des ménages et l’accroissement des inégalités et des taux de pauvreté sont manifestes dans la plupart des États du sud de la zone euro, bien que ces indicateurs aient connu aussi une évolution similaire dans certains autres États membres. Au stade actuel, en particulier pour les indicateurs liés au chômage, les écarts ne semblent pourtant pas se creuser davantage, même s’il reste à déterminer dans quelle mesure les tendances observées jusqu’à présent sont en train de s’inverser.

En cas de choc économique, les problèmes d’emploi et les difficultés sociales risquent de s’accentuer au sein de l’union monétaire en partie en raison de l’éventail limité d’outils d’ajustement disponibles. De même, l’absence de mise en œuvre de mesures efficaces pour relever les grands défis concernant l’emploi et la situation sociale peut indirectement avoir des effets négatifs dans d’autres États membres et dans l’Union européenne tout entière. Il est donc dans l’intérêt de tous les États membres de veiller à ce que les défis se posant sur le plan social et en matière d’emploi soient relevés suffisamment tôt et de manière efficace.

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