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Le handicap salarial de la Belgique risque à nouveau de s’accroître

C’est Korn Ferry Hay Group qui le dit, sur base des résultats de son étude annuelle sur les salaires. En 2017, les salaires belges ont augmenté davantage que dans les pays voisins. Et, l’an prochain, les entreprises belges prévoient encore une augmentation des salaires plus importante en Belgique qu’en Allemagne ou aux Pays-Bas (+3,1%).

Dans leurs budgets, les entreprises belges prévoient une augmentation moyenne des salaires de 3,1% durant l’année prochaine. Ce chiffre est significativement plus élevé qu’en Allemagne ou aux Pays-Bas, où la hausse des salaires attendue est de 2,5%. La différence avec la France est encore plus grande, puisque celle-ci table sur une hausse de seulement 1,7%. Ces chiffres ressortent de l’étude annuelle de Korn Ferry Hay Group sur l’évolution des salaires. Cette étude mondiale se base notamment sur les données provenant de plus de 550 entreprises belges et plus de 215.000 employés.

« Ces conclusions sont contre-intuitives d’un point de vue économique, estime Sonja Brouwers, Senior Consultant chez KFHG. Les chiffres d’Eurostat révèlent en effet que la Belgique est moins performante en termes de croissance économique (+1,4%) que l’Allemagne (+2,1%) ou les Pays-Bas (+2,2%). Le taux de chômage est également plus bas dans ces deux pays. » Malgré cela, nos pays voisins parviennent à mieux garder le contrôle sur l’évolution de leurs salaires, même si dans ces pays aussi on assiste à une solide ‘guerre des talents’ en raison de la pénurie sur le marché du travail. « Si nous poursuivons sur la même voie, nous risquons à nouveau de voir notre handicap salarial s’accroître », prévient Sonja Brouwers. 

La première raison: les automatismes salariaux

L’explication la plus importante est à chercher du côté de la formation des salaires en Belgique. L’indexation automatique des salaires, de même que l’augmentation barémique quasiment aussi automatique pour chaque année de service (ce qu’on appelle les barèmes d’ancienneté), entraînent déjà rapidement une hausse de plus de 2%, sans même l’attribution d’une augmentation salariale pour les prestations livrées et/ou les compétences démontrées. Le remplacement d’une formation des salaires basée sur l’ancienneté par d’autres systèmes salariaux, qui seraient davantage basés sur les aptitudes et les compétences, reste difficile à mettre en place. Les différents pouvoirs publics -  qui sont pourtant les principaux employeurs du pays – ne montrent pas l’exemple en la matière. Leurs systèmes salariaux restent en effet basés sur des barèmes très traditionnels avec des échelons en fonction de l’ancienneté. Autrement dit, de l’automatisme pur et simple.

Un taux d’emploi qui reste trop faible (surtout chez les 55+) 

Cette formation des salaires ne favorise pas non plus le maintien au travail des employés plus âgés. Trop souvent, ceux-ci continuent à être poussés hors du marché du travail parce qu’on les considère comme ‘trop chers’. « Nous pourrions changer cela en limitant les échelons basés sur l’ancienneté à un maximum, qui pourrait être par exemple de 10 ans d’ancienneté », suggère Sonja Brouwers. Aux Pays-Bas, la « marge salariale » pour les employés plus âgés est souvent investie dans une employabilité durable plutôt que dans des augmentations salariales.

Et pour finir… une pénurie sur le marché du travail  

La pénurie sur le marché du travail pousse également les salaires dans notre pays vers le haut, en particulier pour les postes à orientation technique (les profils STEM: Science, Technology, Engineering & Mathematics). Cette « guerre des talents » fait également rage dans nos pays voisins, mais une flexibilité plus prononcée dans la politique salariale permet aux entreprises actives dans ces pays de garder un contrôle plus important sur les salaires. « Beaucoup d'entreprises veulent conserver leurs techniciens et ingénieurs plus âgés plus longtemps afin de faire en sorte que le réservoir de talents disponibles soit plus important. Mais il n’existe pas d'approche structurelle du problème. Notre pays ferait donc bien d’enfin mettre réellement en œuvre les réformes nécessaires dans la formation des salaires », conclut Sonja Brouwers.

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