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Le chômage est aussi une question de santé publique

En France, 10 à 14.000 décès par an lui seraient imputables du fait de l’augmentation de certaines pathologies, maladie cardio-vasculaire, cancer… C’est ce que pointe le Conseil économique, social et environnemental. Dénonçant l’impact du chômage sur les personnes et leur entourage, il émet une série de recommandations pour mieux accompagner les personnes concernées.

Bien que le chômage soit désormais un phénomène massif (en 2017, 200 millions de personnes seront au chômage à l’échelle mondiale, selon l’Organisation Internationale du Travail), le traumatisme qu’il entraine, ses conséquences sociales et l’impact sur l’entourage restent encore trop méconnus. Pour le Conseil économique, social et environnemental (France), les politiques publiques, notamment sanitaires, doivent mieux accompagner les personnes pendant le temps qui les sépare d’un retour à emploi. Au-delà, c’est toute la société qui doit s’impliquer pour changer de regard sur les personnes en situation de chômage.

La crise économique de 2008 a aggravé la situation. Il est aujourd’hui plus difficile de retrouver un emploi et la durée moyenne du chômage se prolonge. Plus préoccupant, certaines catégories comme les personnes peu qualifiées, les jeunes, les femmes, les seniors, les personnes en situation de handicap rencontrent des difficultés particulières d’insertion professionnelle. De plus en plus de personnes alternent chômage et emploi précaire.

Le chômage est désormais une question de santé publique, montrent plusieurs études françaises: 10 à 14.000 décès par an lui sont imputables du fait de l’augmentation de certaines pathologies, maladie cardio-vasculaire, cancer… (enquête SUIVIMAX, Inserm). Il multiplie le risque de connaitre un épisode dépressif, 24% des hommes et 26% des femmes sont ainsi concernés (Dares 2015). Une progression de 10% du taux de chômage se traduit par une augmentation de 1,5% du taux de suicide (Bull épidémiologique 2015). Le chômage a un impact social majeur. Il augmente le risque de séparation et d’isolement social, il impacte l’avenir scolaire des enfants (Insee, 2004), il retarde la venue d’un premier enfant (INED, 2011).

Non seulement ces conséquences sont ignorées mais « une certaine fatigue de la compassion » s’exprime. Ainsi, 60% des personnes interrogées estiment que les chômeurs pourraient trouver un emploi s’ils le voulaient vraiment et 46% que les pouvoirs publics n’en font pas assez pour les personnes les plus démunies contre 73% en 1994 (enquêtes CREDOC). Pourtant, la France voit arriver chaque année 150.000 actifs de plus sur le marché du travail sans que le pays puisse créer un nombre suffisant d’emplois.

Changer de regard 

Pour le Conseil économique, social et environnemental, le regard sur les personnes en situation de chômage doit évoluer et devenir plus bienveillant et objectif. Afin que la société prenne conscience de la gravité des effets de certains jugements et comportements dévalorisants, le CESE préconise l’impulsion d’une politique publique adaptée et coordonnée. « Bien que les personnes au chômage soient victimes d’une situation qu’elles ne maitrisent pas, la société, loin de les considérer comme telles, porte sur elles un regard pouvant amplifier leur malaise dans une période où la bienveillance est nécessaire. Respecter la dignité des personnes au chômage, c’est leur permettre de conserver l’estime d’elles-mêmes, leur éviter de ‘perdre pied’, limiter les atteintes à leur santé et à celle de leurs proches et in fine, favoriser une reprise d’emploi. Notre assemblée préconise la reconnaissance de la précarité sociale comme un facteur de discrimination au titre des critères de discrimination prohibés par la loi. Cette reconnaissance permettrait au Défenseur des droits d’intervenir et ainsi de favoriser un égal accès de tous et toutes aux droits et à un traitement digne. » Par ailleurs, le CESE recommande que les services de l’Etat engagent une campagne d’information et de sensibilisation contribuant à restaurer l’image des chômeurs. L’objectif serait double: prévenir les comportements discriminatoires et promouvoir le droit des personnes au chômage à être traitées à égale dignité de tous.

Alors que le chômage atteint des niveaux très élevés, la connaissance des traumatismes et des troubles qu’il occasionne reste un domaine peu exploré et largement ignoré. Conduites addictives, détérioration de la santé physique et mentale, surmortalité: le chômage est source de nombreuses pathologies dont il importe de prévenir les incidences. Le CESE recommande donc que soient diligentées des études épidémiologiques ciblées sur la population des chômeurs pour mieux cerner les facteurs de risque. Le CESE propose également la mise en place de dispositifs d’écoute offrant aux personnes inscrites à Pôle emploi la possibilité d’accéder à un soutien psychologique. L’assemblée insiste pour une plus grande mobilisation des centres d’examen de santé (CES) de la branche Assurance maladie de la sécurité sociale afin de favoriser la prise en charge préventive consécutive à la perte d’emploi.

L’accompagnement des personnes en situation de chômage est un enjeu essentiel autant pour la personne que pour ses proches, conclut le CESE. La vie de famille est ainsi l’une des « victimes collatérales » du chômage: risque de ruptures conjugales (ex. à la suite du licenciement collectif de près de 700 salariés de Continental, les sources syndicales font état de 250 séparations), dévalorisation de ses compétences parentales, génération « boomerang » etc. sont autant de situations qui justifient selon le CESE la conduite d’études sociologiques et statistiques afin de mettre en place des dispositifs préventifs (soutien à la conjugalité et à la parentalité...).

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