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La compétitivité s’améliore, mais le chemin est encore long

Le Conseil central de l’Économie publie chaque année son Rapport Emploi-Compétitivité, dans lequel sont dévoilés les chiffres des coûts salariaux en Belgique ainsi que dans les trois pays voisins (Allemagne, France, Pays-Bas). Ceux-ci portent, d’une part, sur les réalisations (période 1996-2016) et, d’autre part, sur les prévisions (années 2017 et 2018). Edward Roosens du Centre de compétence Économie & Conjoncture de la FEB, en livre une analyse.

1. Période 1996-2016: retour à la case départ

Après avoir évolué jusqu’en 2005 autour de son niveau de 1996, le handicap salarial (HS) de la Belgique par rapport à la moyenne des trois pays voisins a grimpé pour atteindre en 2008 son plus haut niveau, soit 6% de plus qu’en 1996 (graphique ci-dessous). Il faudra attendre 2013 et des mesures gouvernementales importantes pour restaurer la compétitivité vis-à-vis de 1996: modération salariale à partir de 2013, saut d’index en 2015, tax shift en 2016. Ce dernier a débuté en avril 2016 par une première étape qui a notamment fait passer le taux de base des cotisations patronales de 32,40% à 30%. Ceci a eu un impact significatif sur la compétitivité puisqu’à elle seule cette mesure a baissé le handicap salarial de 0,8 point de pourcent. Sur base des chiffres de la comptabilité nationale, notre handicap salarial en 2016 a retrouvé grâce à cela son niveau vis-à-vis de 1996. Par rapport à cette année de référence, en 2016 notre pays a gagné en compétitivité vis-à-vis de la France et des Pays-Bas, mais il présente toujours une perte de compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne. Tout ça pour ça? Heureusement non!

2. Prévisions 2017-2018: amélioration en perte de vitesse

Les perspectives pour 2017 et 2018 poursuivent sur cette bonne lancée. Tout d’abord, pour ce qui est de la Belgique, les prévisions d’évolution des coûts salariaux se basent sur la moyenne de celles du Bureau fédéral du Plan (septembre 2017) et de la Banque nationale de Belgique (décembre 2017). Un, les augmentations conventionnelles des salaires 2017-2018 seraient conformes à la norme salariale négociée dans le cadre de l’AIP, soit +1,1% sur la période. Deux, le ‘wage drift’ ou dérive salariale resterait très modéré, autour de 0,1% par an. Et trois, l’indexation des salaires pour 2017-2018 serait légèrement supérieure (3,1%) à ce qui avait été prévu initialement (2,9%). Un dernier fait saillant concerne l’effet des cotisations patronales, c’est-à-dire le différentiel de croissance entre le coût salarial horaire et le salaire brut horaire, qui est globalement négatif. Ceci est à imputer (quasi) intégralement au tax shift. Ainsi, les réductions de charges patronales prévues dans ce cadre permettent de diminuer le coût salarial horaire de -0,3% en 2017 et de -0,6% en 2018, année où le taux de base des cotisations passera de 30 à 25%. La partie restante de l’effet des cotisations patronales est due aux mesures du Pacte de Compétitivité (600 millions EUR en 2017 contre 450 millions EUR en 2016) auxquelles s’ajoutent, sans doute, des effets de structure de l’emploi.

Sur les deux années, le coût salarial horaire augmenterait donc de +3,5% en Belgique. À noter que, sans les mesures de réduction des cotisations sociales à charge des employeurs décidées dans le cadre du tax shift, l’évolution du coût salarial horaire aurait été de 1% plus élevée, soit 4,5% pour la période 2017-2018. Qu’en est-il dans les pays voisins? Pour chacun des trois, les prévisions font état d’une augmentation du coût salarial horaire en 2017-2018 plus prononcée qu’en Belgique.

En comparant les chiffres, on peut se réjouir de constater que les réductions de charges patronales mises en œuvre dans le cadre du tax shift n’ont pas été utilisées par les partenaires sociaux pour augmenter les salaires bruts, mais bien pour diminuer effectivement le handicap salarial absolu (ou historique), comme cela est d’ailleurs prévu dans la nouvelle ‘Loi de 1996’ (MB : 29/03/2017). Et ainsi permettre la création d’emplois! Grâce à cela, le handicap salarial auquel nos entreprises font face va continuer à baisser en 2017 et 2018 (d’environ 1% sur les deux ans). Une bonne nouvelle donc! Mais nous sommes encore loin de crier victoire.

3. Perspectives 2019 et suivantes: encore du chemin à faire

Lorsque l’on se penche sur le handicap salarial absolu (en niveau), celui-ci est encore proche des 11% en 2018, même en tenant compte des subventions salariales et des mesures du tax shift (calculs FEB). Pour 2019, ce dernier n’aura sans doute qu’un impact limité puisqu’il ne prévoit ‘que’ un nouveau relèvement du plafond pour les bas salaires. De nouvelles mesures sont donc toujours nécessaires.

Or, il n’y a pas 36 façons de diminuer ce handicap pour le faire revenir à un niveau ‘raisonnable’. Une possibilité a été introduite dans la nouvelle loi de 1996 puisque celle-ci stipule que, à chaque nouvelle décision de réduire les cotisations patronales après ou en sus du tax shift 2016-2020, au moins la moitié est utilisée pour éliminer le handicap historique des coûts salariaux. Pour le reste, il appartiendra aux partenaires sociaux de choisir de mettre l’accent sur la compétitivité et l’emploi plutôt que sur les augmentations salariales.

Terminons néanmoins par une note rassurante: un dérapage important du handicap salarial, tel que nous l’avons connu entre 2005 et 2008, ne devrait plus se reproduire. La nouvelle loi de 1996 a en effet incorporé une marge de sécurité de minimum 0,5% dans le calcul de la marge maximale disponible afin de contrer préventivement des (probables) erreurs de prévisions dans l’évolution des coûts salariaux dans les pays voisins et dans l’indexation en Belgique pour les deux années à venir. Et, au cas où des dérapages supérieurs à 0,5% devaient malgré cela se produire, il est également prévu qu’une correction automatique se fasse (pour autant que le handicap salarial vis-à-vis de 1996 soit encore positif).

La compétitivité s’est déjà doucement restaurée sous le Gouvernement Di Rupo, mais ce n’est que sous l’impulsion des mesures plus rigoureuses du Gouvernement Michel (saut d’index, tax shift, modération salariale et réforme de la Loi de 1996) qu’une amélioration beaucoup plus forte a été réalisée. Celle-ci a ramené la compétitivité des entreprises belges en matière de coûts salariaux approximativement à son niveau de 1996. Mais il subsiste toujours un handicap absolu d'un peu plus de 11%, rien que vis-à-vis de nos trois pays voisins. Pour pouvoir dire que le handicap salarial absolu a été résorbé, une deuxième impulsion sera nécessaire.

Edward Roosens
Centre de compétence Économie & Conjoncture
FEB

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