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Il existe bien un « management à la française »

Mais, pour autant, nos voisins de l’Hexagone n’ont pas forcément à en être fier. C’est ce que révèlent les premiers résultats d’une grande recherche internationale menée conjointement par une équipe du CIFFOP et de l’université de Princeton aux Etats-Unis, à laquelle ont participé 18 entreprises du CAC 40 et plus de 2. 000 managers internationaux.

La France, forte de nombreux champions industriels dans des secteurs aussi variés que l’énergie, le luxe, les services financiers ou l’aéronautique, s’intègre toujours plus dans une économie mondialisée. Ses entreprises servent des marchés à l’échelle internationale. La culture managériale française n’est pas décodable aisément auprès des non-Français: s’intégrer dans ce contexte particulier peut relever du défi. C’est pourquoi le CIFFOP, Grande Ecole des métiers RH de l’Université Panthéon Assas-Paris 2, a cherché à mettre en lumière ce qui constitue l’ADN du management français au travers d’une approche scientifique.

L’objectif? Dépasser tant les préjugés que les travaux anciens sur le management français. La recherche concerne essentiellement les entreprises du CAC 40: les chercheurs ont sollicité le comité exécutif de ces grandes entreprises (le PDG, le DRH Groupe, le Directeur du Développement des Talents ou le Directeur Diversité) en leur demandant de leur transmettre un minimum de 100 adresses électroniques de managers internationaux occupant des positions variées (niveau hiérarchique, genre, lieu, nationalité).
Les managers internationaux ont été invités à répondre anonymement et confidentiellement à un questionnaire en ligne. Plus de 2.000 managers ont répondu, issus de 19 grands groupes, dont 18 du CAC 40.

Constat: le management français est bien considéré comme unique et peu comparable avec le management en vigueur dans d’autres cultures. Plus de deux tiers des répondants vont dans ce sens. Le management français est porteur de caractéristiques qui contribuent à de hauts niveaux de performance. Il recèle également des gisements d’amélioration qui sont identifiés de manière convergente par les répondants, ceci à la fois au niveau des pratiques des entreprises mais aussi au niveau plus individuel, à l’échelon managérial.

L’Express détaillait récemment quelques résultats de la recherche, qui fera bientôt l’objet d’une publication, suite à une présentation réalisée début février à Paris par Frank Bournois, ancien directeur du Ciffop et aujourd'hui directeur général de l'ESCP Europe, Yasmina Jaïdi, maître de conférence à l'université Paris 2 Panthéon Assas et Ezra Suleïman, professeur à l'université de Princeton:  

1. Une hiérarchie très verticale

Interrogés sur les mots qui qualifient le "management à la française", 67% des cadres étrangers citent le mot "hiérarchie". Il arrive en bon premier dans le classement, devant les mots "réseaux" et "centralisation". Certaines nationalités - Américains et Britanniques en tête avec des taux respectifs de 79% et de 76,5% - ont massivement répondu de la sorte mais au-delà des différences, d'autres items confirment cette perception. Pour nombre des sondés, leurs collègues français privilégient l'individu au collectif et sont peu portés sur le travail collaboratif.

2. Un management implicite avec ses codes peu accessibles aux étrangers

Les cadres internationaux évoquent également le caractère "implicite" du management à la Française, trop de décisions importantes ne se prenant pas lors de réunion mais autour de la machine à café ou lors de rencontres informelles entre deux portes. Or, il faut généralement plus d'un an - 12,4 mois précisément - d'adaptation en moyenne pour comprendre ces codes, ce qui place la France un peu au-dessus de la moyenne par rapport à ses concurrents. Cette difficulté est accentuée par l'importance que revêt encore la pratique du français dans les discussions de couloirs...

3. Un plafond de verre pour les étrangers

La connaissance de la langue de Molière est également pour 55,2% des cadres internationaux un sésame pour accéder au Top management. Pour autant, l'idée du "plafond de verre" n'est pas ressentie de la même manière dans toutes les entreprises. Dans l'industrie du luxe, par exemple, elle serait plus prégnante que dans l'industrie du gaz, de traitement des eaux ou dans l'informatique.

4. Une culture marquée par la recherche de la performance

77,9% des cadres internationaux pensent qu'il y a une réelle culture de la performance dans les entreprises françaises et que chacun est poussé au maximum de ses possibilités. La performance serait d'ailleurs pour 53 % des répondants une des valeurs fondamentales pour évoluer dans l'entreprise. Les managers interrogés apprécient par ailleurs les capacités conceptuelles et d'analyse des seniors managers français. Autres valeurs positives: la fidélité et l'éthique.  

5. Des entreprises où il fait bon vivre

Les cadres étrangers se montrent positifs sur le savoir-vivre des managers hexagonaux. Ils apprécient notamment la pause déjeuner. Une majorité des internationaux loue également le bon équilibre entre la vie privée et le travail dans les multinationales tricolores. Mais si globalement, ils apprécient l'ambiance régnant dans les bureaux, ils sont quand même nombreux à indiquer que l'intérêt de leurs collègues français pour la culture de l'autre reste malgré tout assez limité…

 

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