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Carrières durables et Travail faisable, entre convergences et divergences

Les propositions émises par les DRH en vue de répondre à l’impératif de carrières plus longues ont été présentées au Cabinet du Ministre fédéral de l’Emploi. Elles trouvent écho dans certains axes du projet Werkbaar werk de Kris Peeters, mais une série de défis importants restent à adresser si l’on veut vraiment réinventer le modèle dans une perspective d’allongement des carrières.

Fin août 2015 s’est tenue la première « Académie d’été des ressources humaines », à l’initiative du réseau HR Square francophone, en co-création avec l’ADP Bruxelles-Brabant, avec le soutien de l’ADP Hainaut, HR Public, Claeys & Engels, SD Worx et Galilei. Un collectif d’une cinquantaine de directeurs, managers et professionnels des ressources humaines employant ensemble plusieurs milliers de travailleurs ont réfléchi aux solutions à apporter au défi de l’allongement des carrières. Leurs travaux ont abouti à six recommandations se traduisant en une vingtaine de mesures concrètes proposées aux décideurs politiques et aux partenaires sociaux. 

Trois mois plus tard, le réseau HR Square néerlandophone organisait sa traditionnelle November Conference autour de la même thématique. Sur un schéma organisationnel comparable, les 98 participants ont travaillé en ateliers pour faire émerger des idées, pistes et solutions pour des carrières plus durables. Et, fait notable, celles-ci rejoignent, dans les grandes lignes, les conclusions de l’Académie d’été, avec quelques nuances et options adaptées à la spécificité du marché du travail au Nord du pays.

D’emblée, l’ambition était posée. « Jusqu’ici, la Communauté RH n’a pas été considérée par les autorités comme partie prenante à la réflexion, et encore moins consultée quant aux mesures à prendre, relève André Leclercq, président de l’Académie d’été. Pourtant, ce sont les DRH qui vivent en première ligne la problématique de la gestion des carrières et la mise en œuvre des mesures relatives à l’allongement de la vie professionnelle. Ce serait donc un vecteur essentiel de remontée des réalités de terrain que d’être entendu par les décideurs. » En marge de la publication du Position Paper qui a été diffusé aux principaux acteurs politiques, patronaux, syndicaux, médiatiques et organismes publics de l’emploi, le collectif s’est mis à la disposition des gouvernements pour alimenter la prise de décision future.

De la simplification ! 

Le message a été reçu cinq sur cinq par le Ministre de l’Emploi, Kris Peeters, qui, le 27 janvier dernier, a invité une délégation des collectifs de l’Académie d’été des ressources humaines et de la November Conference à venir partager le fruit des réflexions qui y ont été menées. L’objectif était aussi de mettre en relation les recommandations émises avec les différentes initiatives lancées par le Ministre Peeters dans le cadre de son projet de réforme du marché du travail, sous le vocable désormais connu de « Werkbaar werk » (« Travail faisable » en français).

« Le sujet de l’allongement des carrières n’est, vous l’imaginez bien, pas toujours très populaire et nous recevons souvent des réactions négatives, note Kathelijne Verboomen, conseillère auprès de la Cellule stratégique Emploi au Cabinet du Ministre de l’Emploi. Le Position Paper des responsables RH nous apparaît à l’inverse constructif et comporte de nombreux sujets sur lesquels nous sommes occupés à travailler dans le cadre du chantier ‘Travail faisable’ et de la concertation sociale. »

Une attente clairement exprimée dans le Position Paper porte sur la simplification. Un besoin dont sont bien conscients le Ministre de l’Emploi et ses conseillers. « Il y a, déjà à l’heure actuelle, de nombreuses options possibles pour aider les entreprises à permettre aux gens de travailler plus longtemps, même si elles sont parfois très - trop - complexes. Le chantier pour aboutir à une réelle simplification est titanesque. Donner davantage de flexibilité aux entreprises doit se faire dans le respect des prérogatives des secteurs et de la concertation sociale. Certaines des recommandations émises par le collectif des DRH relèvent d’autres niveaux de pouvoir, comme la généralisation du ‘loopbaancheque’ institué en 2013 en Flandre. » Autrement dit : la Belgique est un pays compliqué et le marché du travail ne se réformera pas en un jour…

Études de faisabilité 

Mais on avance, estime le Ministre Kris Peeters. « Notre conviction, c’est que les gens ne veulent pas moins travailler, ni forcément arrêter à un âge précoce, mais souhaitent travailler autrement. Et, à ce titre, la réglementation relative au temps de travail n’est plus adaptée aux réalités d’aujourd’hui. Deux projets de loi ont été déposés pour, d’une part, créer un cadre légal pour les horaires flottants et, d’autre part, réduire les formalités autour du travail à temps partiel. Un des volets du projet Travail faisable vise à évaluer et à moderniser la réglementation sur le télétravail. Nous explorons aussi les possibilités d’étendre l’application du ‘compte plus-moins’, afin d’ajuster les temps de travail aux exigences de la demande. »

Il faut toutefois veiller à ce que la flexibilité bénéficie autant à l’entreprise qu’aux travailleurs, pointe-t-elle. Le collectif des DRH a, dans son Position Paper, recommandé la mise en place du compte carrière et de l’épargne temps. « Ces concepts figurent dans l’accord de gouvernement et font l’objet d’études de faisabilité, avec prochainement une journée d’étude sur le sujet. Les travailleurs devraient être en mesure d’orienter davantage leur carrière. En accord avec leur employeur, ils devraient pouvoir travailler un peu plus ou un peu moins lorsque cela les arrange. »

Kathelijne Verboomen partage l’enthousiasme du Ministre Peeters par rapport au modèle de flexisécurité, qui autorise plus de facilités de licenciement pour les entreprises en contrepartie d’un meilleur accompagnement des travailleurs en vue de retrouver un emploi (apprentissage tout au long de la vie, mesures d’activation…). « Ce modèle facilite les transitions dans les carrières, mais est aussi très coûteux. Il convient de faire preuve de créativité pour l’adapter à nos réalités et contraintes. On pourrait aussi, par exemple, imaginer un système où le futur ex-employeur aiderait la personne licenciée à retrouver un nouvel employeur, avec un incentive à déterminer à la clé. » Une mesure qui pourrait aller dans le sens d’une responsabilisation accrue des sociétés se séparant des travailleurs plus âgés, alors qu’elle se contentent souvent aujourd’hui de rejeter le problème vers les prestataires externes d’outplacement.

Brûler la CCT 104 ? 

Sur d’autres dossiers, les positions du Ministre de l’Emploi et les propositions du collectif des DRH sont plus éloignées. C’est le cas, par exemple, du partage de travailleurs expérimentés entre entreprises. Kathelijne Verboomen évoque la piste des groupements d’employeurs - discutée actuellement au Conseil National du Travail -, alors que le collectif des DRH l’a jugée inadaptée, en prônant la flexibilisation de la mise à disposition de personnel. C’est le cas aussi de la CCT 104 relative au plan pour l’emploi des travailleurs âgés, que le collectif des DRH considère à la fois inefficace et stigmatisante, à remplacer par une approche globale et cohérente centrée sur les cycles de vie de tous les travailleurs dans l’entreprise. Le Ministre la voit, quant à lui, comme un bon outil, éventuellement à adapter ou à renforcer.

Des convergences sont plutôt à trouver autour de la recommandation se supprimer les barèmes à l’ancienneté, qui restent sources de discriminations pour les travailleurs âgés, soutenue par le Ministre de l’Emploi. Ou en matière de soutien à l’employabilité, avec le renforcement de la formation des travailleurs âgés. « Aujourd’hui, la règle de 1,9% de la masse salariale totale est un instrument dont les limites ont été atteintes, a notamment déclaré le Ministre Peeters. Il est inscrit dans l’accord de gouvernement d’œuvrer à la mise sur pied d’un système alternatif qui n’est plus facultatif. Nous attendons ici aussi une proposition du CNT et du CCE. » Enfin, le collectif des DRH soulignait l’importance d’allonger les carrières par plus de flexibilité, mais avec une attention accrue au bien-être. Là aussi, le Ministre de l’Emploi se dit aligné : « La Belgique dispose de la réglementation la plus à la pointe sur le sujet, mais trop d’entreprises se limitent à la ‘compliance’. Il convient non pas d’ajouter des réglementations, mais d’investir dans la sensibilisation… »

Le Position Paper et la « boîte à outils » des DRH peuvent être obtenus sur simple demande auprès de christophe.logiudice@hrsquare.be.

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