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Bart Buysse (FEB): « Du travail faisable à l’agilité dans l’emploi! »

Le débat relatif au travail ‘faisable' peut donner l'impression que le travail est infaisable en Belgique, observe Bart Buysse, directeur général de la FEB dans une Opinion. Or, rien n’est moins vrai! Pourquoi ne veut ou ne peut-on pas travailler plus longtemps?

La qualité de l'emploi est élevée dans notre pays, comme le démontrent des chiffres de la Commission européenne et d’Eurofound. En termes de types de contrat de travail, de temps de travail, d'heures de travail régulières, de sécurité et de santé, d'efforts de formation et de participation, nous sommes bien au-dessus de la moyenne européenne, puisque nous sommes dans le peloton de tête. Seuls les pays scandinaves nous devancent de peu. Plus de 4/5 des travailleurs sont satisfaits de l'équilibre entre vie privée et professionnelle. Le progrès technologique rend le travail moins lourd et plus confortable. Pourquoi ne veut ou ne peut-on pas travailler plus longtemps?

Image positive du travail

Une première exigence est une image positive du travail. Le travail n'est pas négatif, n'est pas la cause de tous les maux. Ceux qui travaillent jusqu'à l'âge de la pension légale ne sont pas 'à plaindre'. Le travail a un impact positif sur le bien-être social, moral, physique, médical et financier des gens. Le débat ne doit donc pas porter sur travailler moins (longtemps), mais 'autrement'.

Supprimer les facteurs push et pull

Mener un débat sur 'travailler autrement' n'a de sens que s'il porte aussi sur les facteurs qui incitent les gens à quitter le marché du travail (prématurément). Notre système de pension doit encourager des carrières plus longues et valoriser le travail plutôt que l'inactivité. Les régimes de départ anticipé sont progressivement supprimés. Et travailler moins est possible si les personnes concernées restent effectivement actives plus longtemps.

Les règles rigides pour l'organisation du travail, la formation des salaires et les risques psycho-sociaux ne permettent pas de trouver des solutions adéquates en vue de concilier les besoins de l'entreprise et ceux du travailleur. Les régimes basés sur l'âge ou l'ancienneté entravent une bonne politique salariale, constituent un frein à l'embauche, à l'emploi et à la mobilité et engendrent la stigmatisation, en particulier des travailleurs âgés. La suppression de la période d’essai n'est pas non plus de nature à inciter les employeurs à plus d'embauches.

Plus de marge pour les RH et le ‘sur-mesure’

Ce n'est pas le ‘travail faisable’, mais ‘l’agilité dans l’emploi’ qui fait défaut en Belgique. Le 'travail' est une donnée de plus en plus évolutive. L'activité des entreprises se transforme sous l'influence de la mondialisation, du progrès technologique, de la numérisation, de facteurs socio-économiques et de l’évolution des modèles de consommation. Les besoins des travailleurs évoluent eux aussi en fonction de divers facteurs: les compétences, l'expérience, l'ambition, la faculté de travail et d'apprentissage, les intérêts, la famille, la mobilité ... Les emplois et les processus de travail changent, ils disparaissent et d'autres voient le jour...

Nous devons être capables de saisir la balle au bond. Cela pour que les entreprises restent flexibles et compétitives, car l’agilité dans l’emploi implique avant tout qu'il y ait du 'travail' et que l'organisation du travail puisse être adaptée souplement aux nouveaux besoins et opportunités. Mais aussi pour veiller à l’agilité, à l’employabilité et à l’allongement de la carrière des travailleurs. Concilier ces deux besoins constitue un défi de taille. Il faut à la fois permettre aux employeurs de modifier si nécessaire leur organisation du travail et répondre aussi aux besoins des travailleurs, ce qui requiert plus de marge pour les ressources humaines et les solutions concrètes, adaptées à l'entreprise et à l'individu. Cela ne se règle pas par des automatismes et mécanismes collectifs, ni en multipliant les règles, les droits et les obligations. Mais par du 'sur-mesure'!

Approche basée sur la carrière et employabilité durable

L’agilité dans l’emploi n’est pas une question d'âge ou de génération, mais bien d'individu. Ménager les travailleurs âgés doit faire place à une gestion active de la carrière et à une employabilité durable. Le travailleur est le régisseur de sa carrière et investit lui aussi dans son employabilité. Pourquoi ne pas voir le compte-carrière comme un pilier de carrière et d'employabilité, qui intégrerait également des régimes de congé et de formation existants? Cela simplifierait les choses et les rendrait plus cohérentes, tout en permettant d'utiliser également cette 'réserve' pour des actions visant à améliorer l'employabilité, la mobilité et la transition du travailleur (accompagnement de carrière, in- et outplacement, reconversion, formation continue, réorientation ...). Les travailleurs peuvent ainsi davantage prendre leur carrière en main et opérer des choix en connaissance de cause.

Contexte changeant, axé sur l'avenir

Au vu des attentes changeantes des travailleurs, du problème de la mobilité et des possibilités offertes par les technologies actuelles, il faut donner aux entreprises et à leurs collaborateurs plus de marge de manœuvre pour déterminer ensemble, en toute liberté, quand et comment ces derniers travaillent. Les collaborateurs reçoivent ainsi plus d'autonomie, mais aussi plus de responsabilités. Le 'travail' est plus vaste et doit pouvoir être défini et mesuré autrement qu'en fonction du seul temps de travail. Mais on se heurte là aux limitations de notre législation désuète. N'est-il pas grand temps de faire de la place pour des chantiers et des expériences en matière d'organisation du travail, pour de nouvelles formes de travail/collaboration, pour du travail sur mesure, la transition et l'employabilité durable? Sur le terrain, des initiatives vont déjà dans ce sens. Nous serions surpris de voir les solutions créatives, innovantes et durables qui se dégagent ainsi. Un changement de mentalité s'impose donc, et ce aussi chez les responsables politiques et les partenaires sociaux. Nous devons montrer que, nous aussi, nous pouvons évoluer!

Bart Buysse
Directeur général
FEB

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