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105 jours de grève par 1.000 travailleurs en 2016

409.752 jours de grève ont été répertoriés en Belgique en 2016, soit presque deux fois plus qu’en 2015. Le chiffre apparaît toutefois seulement légèrement supérieur à la médiane et à la moyenne de la période 1991-2016. L’année 2016 révèle aussi la volatilité prise par le mouvement de grève ainsi qu'une dispersion des actions syndicales.

C’est ce qui ressort de la dernière étude du Groupe d’analyse des conflits sociaux (GRACOS), dont la mission est d’étudier les principaux mouvements de grève et d’autres éléments de la conflictualité sociale liée au travail qui jalonnent l’actualité de chaque année civile en Belgique. La dernière livraison du Courrier hebdomadaire du CRISP présente cette étude portant sur l’année 2016.

Une année marquée par la poursuite et le renforcement de la politique menée depuis octobre 2014 par le gouvernement Michel. En particulier, celui-ci a décidé de mener une réforme substantielle du marché du travail en vue d’en accroître la flexibilité, projet porté par Kris Peeters (CD&V), vice-Premier ministre en charge de l’Économie et de l’Emploi. « L’opposition des syndicats aux décisions et méthodes du gouvernement fédéral a notamment pris la forme de manifestations de masse en 2014 et en 2015, et d’un nombre particulièrement élevé de jours de grève en 2014, observent les chercheurs. En raison de pressions croissantes contre le recours à la grève et d’hésitations des organisations syndicales quant au choix des modes d’action à employer pour contester la politique gouvernementale, le nombre de jours de grève a significativement chuté en 2015. En 2016, ce nombre est reparti à la hausse: 409.752 jours de grève ont été répertoriés au cours de l’année (contre 207.563 en 2015). Les trois confédérations syndicales ont organisé différentes actions interprofessionnelles, soit séparément (en particulier dans le contexte de concurrence lié à la tenue des élections sociales au mois de mai), soit ensemble (après ledit scrutin). »

Des mouvements de grève d’une rare longueur ont par ailleurs marqué le secteur des prisons, d’une part, et celui du rail, d’autre part, soit deux secteurs affectés par les économies auxquelles procède le gouvernement fédéral. Mais le contexte dans lequel s’est inscrite la conflictualité sociale en 2016 est aussi celui d’une succession d’annonces de restructurations et de fermetures dans le secteur privé, soulignent les auteurs: fermeture du site de Caterpillar à Gosselies, transformation d’ING, restructurations des assureurs AXA et P&V, la fermeture de l’usine Jacobs Douwe Egberts à Grimbergen ou la faillite des magasins MS Mode. « Les groupes multinationaux ne procèdent plus seulement à des coupes claires dans l’emploi pour faire grimper le cours des actions. Ils font le choix stratégique d’octroyer des dividendes importants alors même que ces derniers contribuent à creuser les difficultés financières avancées comme motifs de licenciements. »

Dans ce recueil composé de plusieurs études, Bernard Conter et Jean Faniel montrent que les syndicats sont apparus divisés et hésitants dans le choix des modes d’action à employer pour contester les annonces et décisions gouvernementales et dans la détermination du calendrier à suivre, ce qui peut en partie expliquer la baisse de fréquentation des manifestations nationales par rapport aux deux années précédentes. Jean Vandewattyne analyse quant à lui les importants arrêts de travail qui ont ponctué l’année 2016 dans le secteur du rail.

Dans le secteur privé, les cas de Caterpillar et d’ING ont non seulement eu en commun le caractère important du nombre de licenciements annoncés, mais également un registre d’action syndical qui a peu mobilisé l’arme de la grève, comme l’analysent Bruno Bauraind, Aline Bingen et Esteban Martinez. En 2016, l’usage du droit de grève a été à nouveau fortement mis sous pression en Belgique, observent par ailleurs les chercheurs. Ce qui peut avoir des effets contre-productifs et amener la conflictualité sociale à s’exprimer sous d’autres formes: au printemps, bon nombre de contrôleurs aériens se sont déclarés malades et non en grève pour faire connaître leur mécontentement, paralysant le ciel tout autant que s’ils avaient fait grève en bonne et due forme.

Source: Grèves et conflictualité sociale en 2016, Courrier hebdomadaire du CRISP n°2341-2342, 2017. Pour vous procurer cette étude: www.crisp.be. Bruno Bauraind (GRESEA) viendra présenter les principaux enseignements de cette étude lors du séminaire HR Square consacré au dialogue social en entreprise. Plus d’information et inscription via ce lien.

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