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L'homme mondialisé

Auteur:Pierre-Robert Cloet & Philippe Pierre
Editeur:Éditions L’Harmattan, 360 pages.
ISBN:978-2-343-13797-1
Prix:€37
Mobilités géographiques et bricolages identitaires font le quotidien des managers de multinationales, mais aussi des avocats d'affaire ou des chercheurs. De plus en plus de personnes vivent au carrefour de plusieurs langues. Comment comprendre cet « humain mondialisé » par une vie de travail?

De plus en plus de personnes travaillent dans une langue, élève leurs enfants dans une autre et cultivent des relations amicales ou familiales dans une troisième. De plus en plus de professionnels dans différents métiers — on pense à ces managers de firmes dites multinationales, mais aussi à ces avocats d’affaire, artistes, journalistes, chercheurs, universitaires, musiciens, sportifs, stylistes et créatifs — arpentent des horizons planétaires. Comment ne pas céder à la fascination de ce « Made in the World »? Mais doit-on suivre la doxa actuelle qui impose la mobilité comme idéal incontournable?

Ce sont ces questions que se posent Pierre-Robert Cloet, co-directeur du Master Humanités et Management à l’Université Paris Nanterre, et Philippe Pierre, co-directeur du Master Management interculturel de l’Université Paris Dauphine. Dans L’Homme mondialisé, ils proposent une interprétation sociologique du phénomène de la mobilité des élites dans de très grandes entreprises.

Là où le gestionnaire des ressources humaines (ou le chercheur) s’attend souvent à trouver de nouvelles élites mondiales unifiées, le caractère hétérogène des stratégies de l’identité liées à la mobilité internationale — que cet ouvrage souligne constamment — apporte un démenti à l’ambition de la grande entreprise comme espace d’assimilation sans retour de ses membres et lui fixe sans cesse de nouveaux challenges face aux risques de discriminations ou de « résistances culturelles » dans les domaines de la formation, de la gestion des carrières ou de l’évaluation des performances.

De même, « L’identification locale, nationale ou ethnique ne se dissout pas avec l’expérience répétée du voyage, de l’exil ou même de l’expatriation, observent-ils. C’est un jeu d’appartenances et d’identités en ‘archipel’ qu’il faut comprendre. » Pierre-Robert Cloet et Philippe Pierre le soulignent: « L’erreur serait de voir dans le global une réalité détachée, distincte, uniquement en concurrence avec les sociétés nationales. » Ce qui doit conduire aussi à revisiter la notion de distance (culturelle). « Elle apparaît toujours comme un obstacle à surmonter parce que l’erreur consiste à ne pas savoir se départir d’une conception habituelle de la culture, conventionnelle et largement impensée, dérivée tout droit d’une lecture anthropologique des peuples autrefois appelés ‘primitifs’. » Ils invitent ainsi à repenser la notion de distance de façon moins restrictive, comme étant « l’expression d’une certaine configuration spatiale avec laquelle l’individu doit ‘faire’, sans préjuger de la valeur qui lui est associée. »

Leurs travaux mettent aussi en avant le fait que certains managers internationaux vont tenter d’assumer les rejets, d’autres de faire avec, d’autres encore de sublimer leurs stigmates dans une sorte de « communauté transnationales de cadres en entreprise » qui tient du discours affiché et non de la réalité vécue. « Parler sa langue natale, même brièvement, se replonger avec des amis de longue date dans une conversation à jamais recommencée, partager un bon plat des pays dans lesquels on a pu vivre… offrent bien réconfort et ressources pour continuer d’être mobile. Les managers internationaux qui ne profiteraient pas de ces espaces de retrait — communautaires ou familiaux — pour faire face au caractère anxiogène engendré par la mobilité connaîtraient davantage de difficultés d’adaptation… »

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