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L’emprise de l’organisation

Auteur:Max Pagès, Michel Bonetti, Vincent de Gaulejac, Daniel Descendre
Editeur:Éditions de l’Université de Bruxelles, 373 pages.
ISBN:978-2-8004-1640-3
Prix:€11
Publié pour la première fois en 1979, L’emprise de l’organisation en est aujourd’hui à sa sixième réédition. Précurseur, il décodait les phénomènes de pouvoir dans les organisations ainsi que les prémices de la révolution managériale des années 1980-90. Étonnamment, ce livre reste très actuel, même si l’emprise de l’organisation semble aujourd’hui avoir laissé place à l’emprise du marché.

Une sixième réédition devrait, à elle-seule, constituer une solide garantie de l’intérêt que cet ouvrage peut encore susciter, 40 ans après sa première publication. Cet intérêt tient aux aspects profondément innovants de la recherche menée à l’époque par Max Pagès, figure marquante de la psychosociologie française et malheureusement décédé l’an dernier, et l’équipe de jeunes chercheurs qu’il a réunie autour de lui — Michel Bonetti, Vincent de Gaulejac et Daniel Descendre.

À cela s’ajoute la découverte d’une organisation fascinante, alors encore peu étudiée, qu’est l’entreprise « hypermoderne ». Nommée dans le livre TLTX, elle est présentée comme une « multinationale américaine, employant une forte proportion de personnel qualifié, dont l’activité s’étend à l’échelle mondiale. Elle produit un matériel de haute technologie et fait appel aux techniques de management les plus sophistiquées. » Les auteurs notent que leur recherche a porté sur une des filiales européennes de TLTX. Derrière l’acronyme, les plus perspicaces auront reconnu IBM, la plus importante multinationale en ces temps pas si lointains. Quant à la filiale européenne, il s’agissait d’IBM Belgique…

On découvre dans ce livre l’univers d’une entreprise combinant le poids de la règle à une culture particulièrement forte et enracinée. Elle fait figure de nouvelle église et le management de nouvelle religion. Le propos est très documenté. Cette découverte mobilise des extraits d’entretiens et des observations réalisées lors d’un séminaire résidentiel de cinq jours. À l’époque, IBM était considérée comme le modèle à suivre. L’emprise de l’organisation a été précurseur aussi en ce sens que, trois ans plus tard (en 1982), Thomas Peters et Robert Waterman publiaient Le Prix de l’excellence, qui allait être considéré comme la bible du renouveau managérial (mais leur travail avait commencé dès 1977). IBM y était présentée comme exemplaire. Thomas Peters et Robert Waterman l’ont abordée sous l’angle de la culture, là où Max Pagès et son équipe l’ont fait sous celui de la religion et des valeurs. Le regard et les intentions — forcément plus critiques dans le champ académique, plus laudatives dans le cas des consultants de McKinsey — étaient très différents, mais les deux livres ont participé à la compréhension des mécanismes du management contemporain.

Bien sûr, IBM n’est plus aujourd’hui le modèle d’excellence qu’il était à l’époque. On se tournerait plus spontanément vers les Google et Amazon. Mais si IBM ainsi que certaines pratiques managériales ont changé ou ont évolué, la philosophie qui les sous-tend reste la même. Ce qui fait que ce livre a réussi à conserver toute sa valeur, tout son intérêt. L’ouvrage d’origine a été enrichi d’un avant-propos et d’une postface. Alors que l’avant-propos replace la recherche dans le contexte de l’époque, la postface s’attache à retracer la métamorphose d’IBM tant au plan mondial qu’au niveau belge. Elle montre notamment que les mécanismes au fondement de l’emprise ont été retravaillés en profondeur par les restructurations successives et l’éclatement du modèle social à l’œuvre du temps de la splendeur de la multinationale

Les 11, 12 et 13 septembre prochains, l’Université de Mons organise un colloque sur Les formes contemporaines de l’emprise: travail, organisation, management et marché. Conférences plénières, ateliers et œuvres de fiction interrogeront l’actualité de la notion d’emprise, de ses formes et de ses déconstructions possibles. Danièle Linhart et Vincent de Gaulejac donneront la conférence d’ouverture le 11 septembre (18h15). Plus d'infos

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