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Le capitalisme paradoxant

Auteur:Vincent de Gaulejac et Fabienne Hanique
Editeur:Editions du Seuil , 304 pages.
ISBN:978-2-02-118825-7
Prix:€21
Le management moderne tend à soumettre les individus à des exigences contradictoires, incompatibles, auxquelles ils doivent impérativement répondre. Comment en sortir?

D’un côté, l’homme n’est plus attaché à la chaîne, contraint de venir au bureau, contrôlé par la pointeuse, obligé de se rendre à son travail. « Le contrôle des corps, le quadrillage du temps et de l’espace, les éléments caractéristiques du système disciplinaire ne sont plus de mise, expliquent Vincent de Gaulejac et Fabienne Hanique. La mobilité et la flexibilité sont les nouvelles normes. » Mais, si la surveillance n’est plus physique, elle est électronique. « Chacun est libre de se connecter comme il veut, mais les temps de connexion et de déconnexion peuvent être mesurés, enregistrés, analysés. Le sentiment d’une liberté totale peut émerger, mais il s’agit d’une liberté surveillée, rarement effective, mais bien réelle. »

C’est là un exemple parmi bien d’autres d’injonctions paradoxales relevés dans l’ouvrage de Vincent de Gaulejac et Fabienne Hanique, Le Capitalisme paradoxant - Un système qui rend fou. Quelques formules glanées ici et là illustrent cette inflation du paradoxal: « Je suis libre de travailler 24 heures sur 24 », « Il faut faire plus avec moins », « Ici, il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions », « Je traite de plus en plus de travail en dehors de mon travail et inversement », « Plus on gagne du temps, moins on en a »…

Pour les auteurs, le management capitaliste piège les salariés dans des injonctions paradoxales qui détruisent le sens et l’efficacité du travail. Cette gestion inhumaine initialement cantonnée aux grandes firmes fait désormais système et colonise l’ensemble de la société. L’injonction paradoxale plonge un individu dans un dilemme insoluble en lui imposant des objectifs qui sont incompatibles: produire toujours plus avec moins de moyens, avoir l’esprit d’équipe quand on individualise l’évaluation du travail, etc. La mutation vers un capitalisme financiarisé engendre l’invasion de cette logique paradoxante, non seulement dans les grandes firmes, mais aussi dans des PME, des entreprises publiques et des administrations.

Les auteurs expliquent les origines du phénomène (révolution numérique, financiarisation du capitalisme), avant de passer en revue toutes les dimensions de la révolution managériale qui s’est ensuivie (lean management, flux tendus, évaluation des performances, etc.). Sur base de leur enquête menée en entreprises, ils poursuivent en analysant la difficulté de vivre dans une organisation paradoxante aux effets ravageurs pour la santé (stress, burn out, dépression).

Leur diagnostic sur les méthodes défensives déployées par les salariés est inquiétant: une adaptation réussie (qui diminue la souffrance) contribue aussi à entretenir le système en anesthésiant la résistance. Ils proposent des pistes pour une résistance susceptible d’inspirer les managers soucieux de sortir d’un système qui se retourne contre les intérêts à long terme des entreprises.

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