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La novlangue managériale

Auteur:Agnès Vandevelde-Rougale
Editeur:Editions érès, 216 pages.
ISBN:978-2-7492-5371-8
Prix:€23
Le novlangue est la langue officielle d’Océania, inventée par George Orwell pour son roman 1984. On sait à quel point ce dernier était attaché à dénoncer l’avènement d’un monde totalisant inquiétant. Agnès Vandevelde-Rougale fait usage du même terme pour décrire le travail d’altération des imaginaires que provoque l’idéologie managériale.

Comment dire le mal-être au travail? Que faire des émotions ressenties au travail, celles qu’on ne peut pas exprimer parce qu’on se révèlerait « trop sensible », ou pas suffisamment « performant » ni « professionnel »? Comment dire la peur, celle qui est jugée « irrationnelle » Considérés comme des « ressources humaines », les travailleurs n’arrivent plus à donner du sens à ce qu’ils vivent. Socio-anthropologue et chercheure associée au Laboratoire de changement social et politique (université Paris Diderot-Paris 7), Agnès Vandevelde-Rougale présente une analyse du langage utilisé dans le management en articulant les registres de la pensée, de l’éprouvé et de l’action.

« Nommer un phénomène, c’est adopter un certain point de vue sur ce qui est observé, nourri par les emplois précédents du mot utilisé, dans d’autres contextes et d’autres textes, explique-t-elle. Nommer quelque chose lui permet d’être regardé, questionné, mais, si l’on suit l’hypothèse de la relativité linguistique selon laquelle la culture affecte, dans et par la langue, notre façon de penser, et tout particulièrement peut-être notre classification du monde dans lequel nous vivons, c’est aussi poser une limite à ses possibilités d’appréhension et de compréhension. »

Avec des illustrations saisissantes et des références théoriques diversifiées, l’auteur analyse les dévastations qu’occasionne le management moderne en toute tranquillité, en toute impunité: celui-ci ne provoque pas seulement du mal-être au travail. Par l’utilisation de sa novlangue, il participe aussi et surtout au corsetage des imaginaires, au façonnage des univers symboliques, au formatage des émotions, à l’écrasement des intelligences individuelles et collectives.

Agnès Vandevelde-Rougale ne se contente pas de démonter le processus d’intériorisation du discours dominant, elle souligne le potentiel de résistance de l’individu et les voies qui s’offrent à lui pour se dégager de ces entraves langagières et faire face à la violence plus ou moins ordinaire à l’œuvre dans les organisations.

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