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Intelligence du travail

Auteur:Pierre-Yves Gomez
Editeur:Artège/Éditions Desclée de Brouwer, 181 pages.
ISBN:978-2-220-08266-0
Prix:€15,90
Dans son nouveau livre, intitulé Intelligence du travail, le professeur Pierre-Yves Gomez poursuit la réflexion entamée dans Le travail invisible avec le même brio, en interrogeant sur le sens que l’on veut donner au travail.

Dans Le travail invisible (Éditions François Bourin) publié en 2013, le professeur Pierre-Yves Gomez de l’École de Management de Lyon tirait la sonnette d’alarme. Sa thèse ? Les élites, politiques mais aussi économiques, « ne voient plus le travail » parce qu’elles pilotent l’économie et l’entreprise à coups de concepts, d’indicateurs abstraits, d’agrégations et de tableaux de bord. Il appelait à totalement repenser le management du travail « en s’intéressant au travail réel des collaborateurs », le « travail vivant ». 

Dans son nouveau livre, intitulé Intelligence du travail, il poursuit la réflexion avec le même brio, en interrogeant sur le sens que l’on veut donner au travail. Dans les entreprises, on en fait souvent une affaire de communication, dénonce-t-il, ce qui ne fait que démontrer que l’on n’a pas saisi que le travail produit une expérience de vie. « Ne pas être reconnu comme travailleur utile à la fabrication de la société, c’est ne plus y avoir de place. » Quand le travailleur, quels que soient sa fonction et son rôle, cherche à s’approprier le sens de son travail en posant les questions ‘à quoi ça sert ?’ et ‘à quoi je sers ?’, il oblige les communautés à s’expliquer sur le projet commun, nous dit Pierre-Yves Gomez. « Selon les réponses s’affirme la solidité ou la décomposition d’un vivre ensemble. »

Une guerre a commencé

La réflexion est cruciale alors que les formes et la nature du travail sont en train de se transformer radicalement. Dans notre économie globalisée et financiarisée, le salariat est devenu intensif et il perd de son sens. Ainsi, 42% des Européens considèrent que leur travail n’a pas d’intérêt. Parallèlement, de nouvelles formes d’activités apparaissent, notamment grâce aux technologies digitales, engendrant des manières de produire autonomes, des communautés de travail dégagées des contraintes des entreprises, des opportunités pour produire différemment… Et, en même temps, des menaces de plus grande précarité et de subordination considérables.

Le professeur Gomez met en garde : nous avons fini par oublier que nous sommes des travailleurs avant d’être des consommateurs. Pour lui, une nouvelle grande bataille a déjà commencé : « Ce n’est plus celle des prolétaires contre les capitalistes. C’est celle qui oppose, jusqu’en chacun de nous, la cité du travailleur à la cité du consommateur. » Définir ce qui est utile échappe au travail, nous dit-il, puisque c’est le consommateur qui est censé le faire par son acte d’achat. « Le consommateur achète et il avale ce que le marché lui propose d’agréable, persuadé, car il est le client roi, d’agir de son propre chef. A l’autre bout, le travailleur, c’est-à-dire lui-même, se soumet à ce que le consommateur exige. Entre les deux, le marché, mondialisé, financiarisé, ce maître vague, transmet le mouvement, il donne sens au travail. C’est ainsi que nous sommes devenus les citoyens d’une nation de consommateurs auto-aliénés. »

Qui, dans cette cité ludique, s’inquiète encore de la condition du travailleur, interroge-t-il ? Dans cette guerre, les syndicats traditionnels sont débordés. Trois fronts se sont ouverts, analyse-t-il. Le premier pour s’approprier les plateformes numériques inventées par l’économie de proximité ; la deuxième autour de la robotisation de l’industrie et des services ; le troisième au cœur des entreprises, pour redéfinir et contrôler les outils de gestion compatibles avec la nouvelle culture du travail.

Pierre-Yves Gomez exhorte les « politiques » - ceux qui sont en charge de la chose publique, mais aussi ceux qui exercent une responsabilité de gouvernement dans les organisations, dans les entreprises, dans les institutions publiques - : « Nous avons besoin de leaders qui comprennent l’enjeu et qui disent s’ils penchent pour la cité du consommateur ou pour celle du travailleur. Car de leurs engagement aussi (mais pas seulement) dépendra l’issue de cette guerre et, finalement, notre futur mode de vie. » Pas seulement car, cette guerre, dit-il encore, se déroule également en chacun de nous…

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