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Économie et comptabilité de l’immatériel

Auteur:Jean-Claude Dupuis
Editeur:Editions De Boeck , 102 pages.
ISBN:978-2-8041-8920-4
Prix:€18
Le capital immatériel, dont le "capital humain", représente la principale richesse des entreprises. Un capital qui reste largement invisible dans les bilans comptables. A tort?

Le « capital immatériel » représente aujourd’hui le principal facteur de production et de création de valeur de nos économies occidentales. Or, ces ressources économiques sont peu ou pas prises en compte au plan comptable. Cela va des ressources humaines - dont le capital compétences, le capital santé,… - aux marques, en passant par les clients, fournisseurs et partenaires ou les systèmes d’information, jusqu’à la prise en compte des ressources naturelles. « L’absence de matérialité n’est d’ailleurs pas un critère nécessaire, à commencer par les ressources humaines qui sont bel et bien faites de chair et d’os », commente Jean-Claude Dupuis, délégué général de la Chaire Responsabilité Globale et Capital Immatériel de l’IAE de Paris, Université Paris-Sorbonne, et professeur associé à l’IGS. Par « immatériel », il faut entendre que ces ressources demeurent très largement invisibles lorsqu’on regarde les bilans comptables des entreprises.

La majorité des acteurs économiques estiment évident de nos jours que la comptabilité ait pour fonction de renseigner sur la valeur marchande/boursière de l’entreprise. « Il en découle que la non-reconnaissance comptable de nombre d’actifs immatériels, dont les ressources humaines, se révèle problématique à leurs yeux, ces ressources étant des ressources clés dans la capacité des entreprises à créer de la valeur », observe l’auteur. D’où l’émergence de référentiels de reporting extra-financier dédiés à ce capital immatériel, prenant appui sur le développement de méthodes et d’outils d’évaluation et de valorisation des actifs immatériels. Un chapitre du livre y est consacré.

Pour Jean-Claude Dupuis, l’activité comptable n’est toutefois pas une simple activité de calcul (de nature quantitative) qui viendrait « rendre compte ». La comptabilité contribue à coproduire la réalité économique : il s’agit d’une activité de cadrage, de mise en forme, voire de storytelling qu’ignorent bon nombre d’acteurs. La comptabilité non seulement « compte », mais aussi « conte », raconte. « Saisir cette nature hybride de l’activité comptable permet de mieux comprendre l’ambivalence des démarches visant à sortir de l’ombre comptable le capital immatériel, indique-t-il, à savoir d’une part ré-ancrer le financier dans l’économique mais aussi, d’autre part, étendre l’économisation de l’entreprise.

L’auteur prend ainsi l’exemple de la reconnaissance comptable du travail des salariés. Retraduit, celui-ci va se trouver résumé par la catégorie « capital humain ». Or, note-t-il, « une telle catégorie opère une réduction de sens ne valorisant que la contribution productive du travail, sa performance, et effaçant le fait que celui-ci est également source de valeur sociale, notamment de réalisation de soi et de sens, et a une valeur en soi, une valeur intrinsèque. En voulant tout comptabiliser, en donnant un prix, on risque de détruire la gratuité, par exemple la motivation intrinsèque. »

L’intérêt de l’approche immatérielle est qu’elle invite à saisir que l’optimisation du capital financier ne peut se faire sans prendre en compte une contrainte de préservation des autres capitaux, essentiellement le capital humain et la capital naturel. « Il faut penser en termes de capital global, de capital étendu. L’approche immatérielle retrouve ainsi l’idée de développement durable : l’optimisation du capital financier doit se faire sous contrainte de façon à faire prévaloir une logique d’investissement seule à même d’asseoir une croissance durable versus une logique de spéculation court-termiste destructrice de valeur dans le temps. »

Comment les DRH peuvent-ils contribuer à cette perspective ? « En soulignant le fait que les ressources humaines ne sont pas réductibles au capital humain, estime Jean-Claude Dupuis. Dans la façon de les quantifier, il serait plus judicieux de parler de patrimoine humain : un capital, on cherche à le faire fructifier; un patrimoine, on cherche à le transmettre dans un état meilleur que celui dans lequel on l’a reçu. Il convient toutefois d’être conscient que, pour discuter avec le directeur général ou le directeur financier, il s’agira d’adopter leur sémantique, celle des chiffres. Le DRH doit donc développer sa capacité à traduire et à fournir les preuves qu’un investissement est pertinent. A ce titre, la comptabilité de l’immatériel représente pour lui un langage et un support qu’il s’agit de maîtriser. »

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